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| 18 février 2007 - AU BANC D'ESSAI - DELACOUR : UNE JOURNÉE AVEC UN DOUBLE TOURBILLON À 400 000 EUROS AU POIGNET | |||||||
Comme ce n’est pas avec son salaire qu’un journaliste peut s’offrir une montre qui coûte à peu près le prix d’un studio dans les beaux quartiers parisiens, j’ai profité d’une connexion amicale pour porter un double tourbillon deLaCour, qui se facture à peu près 400 000 euros sur le marché parisien.Une montre qu'on ne voit guère passer qu'une fois par an à Paris. Première impression : c’est du lourd et du massif, mais c’est tout de même portable passé la première (fausse) impression. Le boîtier se pose confortablement sur l'avant-bras, même pour un petit poignet. Sans entrer dans les détails millémétriques : verticalement, ce boîtier a facilement la taille d’une grosse montre de type Rolex Submariner, ainsi qu’une épaisseur nettement supérieure ; horizontalement, cette montre aurait presque deux fois la taille de cette Submariner (disons x 1,5 à 1,75 pour donner une évaluation approximative). Evidemment, il n’est plus trop question de fermer le bouton de poignet de sa chemise : quand on s’offre ce genre de montres, on se doit de commander les chemises sur mesure qui vont avec. Premier coup d’œil sur le cadran : superbe travail de guillochage sur plusieurs axes (j’apprendrai plus tard que deLaCour travaille avec le même guillocheur que Breguet, qui se flatte d'avoir un des meilleurs guillochages de toute la planète montres). Je guette attentivement le passage de la petite comète qui vient animer, une fois toutes les six minutes, le guichet de la phase de lunes : c’est assez fugace ! Cette comète (ce pourrait être une étoile finante) est peinte sur un invisible disque de verre saphir : c’est cependant une des plus géniales idées de ces dernières années pour égayer un peu des phases de lune ordinairement peu démonstratives avec leur ronde sur un demi-cercle tous les vingt-neuf jours. Disposée sur fond de voûte céleste, cette phase de lunes est ajustable par un bouton correcteur placé sur le côté droit du boîtier. La signature deLaCour est on ne peut plus discrète. La traditionnelle mention "Swiss Made" a été remplacée par un "Individually Crafted" bien plus distinctif. A ce niveau de complication et d'exécution, il est évident qu'une telle montre ne peut être faite qu'en Suisse ! Le double tourbillon est assez spectaculaire dans sa loge en forme de 8 horizontal (on pourrait aussi parler d’un rappel du symbole mathématique de l’infini). Un tour par minute pour chaque tourbillon volant, avec des sens de rotation opposés : ornées d’un saphir central, les cages sont d’une grande finesse d’exécution et leur ronde est doublement fascinante, presque hypnotisante. Quoique disposés assez en profondeur par rapport au plan du cadran, l'échancrure du logement de ces tourbillons est assez vaste et dégagée pour qu'il soit possible d'admirer leur mouvement coordonné. Sans forcément entrer en résonance (selon un vieux principe horloger remis au goût du jour et au format d’une montre-bracelet par François-Paul Journe), la marche de ces deux tourbillons s’équilibre par un différentiel à force constante. Ils se règlent mutuellement dans les battements qu’ils transmettent au mouvement. La précision est améliorée par ce différentiel, qui crée une sorte de « moyenne ». L’aiguille des minutes fait en réalité fonction de régulateur (pas d’aiguille des secondes, ni au centre, ni sur les tourbillons où il n'aurait sans doute pas impossible d'en ajouter une). Avec une réserve de marche annoncée de 100 heures (non vérifiée au cours de cet essai), on peut effectivement changer de montre plusieurs jours de suite et revenir à ce bi-tourbillon après quatre jours d’infidélité sans qu’il boude en s’arrêtant. C’est beaucoup plus que la plupart des montres à complication proposées sur le marché… Les deux guichets des heures (l’heure locale à droite, réglable par un poussoir à 1 h, un second fuseau horaire à gauche, ajustable par poussoir à 11 h) sont assez médiocrement lisibles : les disques qui portent les heures à saut instantané sont logée trop profondément sous le cadran et les loupes créent plus de distorsion d’image qu’elles ne grossissent ces chiffres. Le cerclage des guichets et de l’ouverture des tourbillons est très élégant. Coup d’œil plus attentif sur le boîtier : en fait, ce n’est ni un rectangle, ni un ovale, mais un peu des deux, avec une grande fluidité de la ligne, sans excès dans les dimensions alors que l’épaisseur n’est pas négligeable (à peu près 12 mm). On sent que le compromis nécessaire pour loger deux mouvements à tourbillon dans un même boîtier a été longuement mûri et réfléchi. Les finitions sont excellentes et l’alternance des deux couleurs (rose et titane gris satiné) est impeccable. On remarque les arêtes biseautées et polies miroir, qui soulignent sans reflets excessifs les lignes et les volumes de la montre. Regard sur le fond : le mouvement mécanique est clairement attribué à Christophe Claret (cosntructeur du mouvement, sur une idée de Pierre Koukjian, l'animateur de deLaCour), mais ce qu'on découvre du mouvement à travers le verre saphir ne révèle pas grand-chose, même à un connaisseur. Il faut le savoir pour discerner le mécanisme de l‘étoile filante furtive : une architecture très symétrique, quelques rouages, des ponts surdimensionnés et l’avertissement aux bricoleurs du dimanche de ne jamais tenter d’ouvrir ce boîtier vissé. Une gravure de lauriers sur or rose accompagne le mot « Laurea » : chaque montre est une véritable pièce unique et elle a son propre décor et son nom particulier (deLaCour n’en livre que trois ou quatre par an). Le bracelet, parfaitement exécuté (peausserie, doublure, piqûres sellier), manque cependant d’épaisseur et de densité pour une montre de ce calibre : très mince, il semble fragile au regard du poids spécifique de ce double tourbillon. On ressent une sorte de déséquilibre et on redoute de confier une pièce à 400 000 euros à un lien de cuir aussi léger au toucher… Avec une telle montre au poignet, devient-on vraiment un autre homme ? Dans la cour intérieure de l’hôtel Costes, où on remarque des modèles très cossus au poignet des personnes attablées, ce n’est pas l’émeute quand on arbore son double tourbillon deLaCour ! Juste quelques regards appuyés chez le porteurs de Royal Oak Offshore ou de Big Bang. On décèle au premier regard l’originalité de cette deLaCour, mais elle n’est pas assez à la mode et pas assez connue hors du premier cercle des initiés pour être facilement identifiable : on en remarque la force, on devine son hyper-complication et on en perçoit le prix élevé, mais sans réellement avoir de références dans ce domaine. On reconnaît un Richard Mille, qui coûte à peu près le même prix, parce qu'ele est plus largement médiatisée, mais on ne repère pas encore une deLaCour au premier coup d'oeil... C'est peut-être cet "understatement" qui fait sa valeur dans la niche des hyper-collectionneurs qui ne tiennent pas avoir une montre trop facilement repérable... Donc, on "sent" que cette pièce relève du superlatif dans la haute horlogerie et on regarde cette montre plus attentivement qu'une Rolex, mais il n'y a pas assez de diamants ou pas assez de couleurs pour qu'on juge d'emblée que c'est top, down, hype ou too much ! Evidemment, pour les non-initiés, c'est du stupéfiant. Un peu comme si vous débarquiez chez les copains dans une Ferrari, alors que vous vous contentez habituellement d'un scooter... Les réactions des filles – qui n'ont guère de référentiel dans ce domaine – sont assez mitigées : une deLaCour n'est pas un "aspirateur" aussi puissant qu'un cabriolet Porsche 911... Au porter, il est évident que c’est un poids non négligeable au poignet, surtout au début. Ensuite, on l’oublie, mais ce n’est pas une montre qui se fait facilement oublier. Elle a de la présence tout au long de la journée, ne serait-ce qu’en posant la main sur une table ou sur un volant : si on n'y prend garde, avec ses dimensions, le boîtier touche l'assiette quand on coupe sa viande. En écrivant, les droitiers qui portent leur montre au poignet droit l'entendront toquer sur le bureau. Ce doit être un défaut de néophyte, mais on a tendance à la regarder souvent, ne serait-ce que pour surprendre la passage de la comète et pour subir l'envoûtement des tourbillons. Conclusion provisoire : après une telle expérience, on ne regarde plus ses montres habituelles du même œil ! Il est probable que c'est ce genre d'émotions hors du commun que recherchent les amateurs de telles montres "extrêmes"... Le produit doit être assez addictif, puisqu’il existe des collectionneurs multi-propriétaires de deLaCour : ils en possèdent plusieurs (double chrono, quadruple fuseau horaire, etc.), dans plusieurs exécutions pour accroître encore leur plaisir (cadrans en bois précieux ou diversement guillochés, différents ors de boîtiers, etc.). La signature de deLaCour est « Since tomorrow ». Ce qui est à la fois un clin d’œil complice aux amateurs, une promesse d’avenir et un pied-de-nez aux maisons traditionnelles qui regardent trop vers leur prestigieux passé. Pour moi, ce n’est pas « demain la veille » que je reporterai une telle montre ! Si le sytème de notation mis au point par Parker pour les vins existait pour les montres, je noterai ce double tourbillon 96/100. C'est-à-dire exceptionnel ! Ci-dessus : la publicité pour le double tourbillon (le cadran ne correspond pas au modèle essayé, dont le boîtier mariait or rose et titane ; en regardant bien, on aperçoit la comète dans la phases de lune). |
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| "Since Tomorrow" - Les montres deLaCour Genève : | |||||||
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