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| 2 mars 2007 - EXCLUSIF : LA NOUVELLE AUDEMARS PIGUET 2007 ROYAL OAK OFFSHORE ALINGHI TEAM | |||||||
Le carbone est le secret des bateaux qui gagnent : la coque et les voiles des Class America sont tissées de fibres de carbone, qu’on retrouve, entre autres, dans les satellites et dans les monoplaces de F 1...Autant de références tentantes pour Audemars Piguet, qui a réussi à faire accoucher ses équipes d’un... chronographe en carbone forgé. Ne cherchez pas : le concept est totalement innovant, mais il est plus qu’intéressant par ses performances (bonne tenue aux chocs, résistance mécanique et chimique, légèreté). Il fallait donc que la nouvelle Royal Oak Offshore Alinghi Team – c’est l’année ou jamais pour cette équipe defender de l’America’s Cup – soit en carbone. Comment travailler cette fibre, qui n’était jusqu’ici disponible qu’en feuilles minces. On sait que le boîtier de la ROO n’est ni mince, ni plat, mais tout en angles vifs qui doivent être à la fois bien marqués et impeccablement surfacés (pas question de polir une pièce en carbone forgé, qui doit donc être usinée « sans bavures »)... Une équipe d’Audemars Piguet s’est attachée à maîtriser cette matière, qui tient sa densité de fils de carbone liés par des fils de résine et déposés dans une matrice en acier. Le tout est ensuite soumis à une pression de l’ordre de 300 kg/cm2, puis usinés avec une finition presque « veloutée » qui dessine des irisations à la surface des aplats. Il devient dès lors possible de produire un chronographe XXL (44 mm) en carbone forgé dont le poids ne dépasse guère les 90 g. Si le boîtier est innovant, le cadran l’est aussi : compteur des heures à 6 h (notez l’aiguille en fusée, officiellement c’est le profil squeletté d’une proue de bateau), compteur vingt minutes à 9 h, guichet pour le compte à rebours au nord-est du cadran, avec indication en rouge des minutes avant le départ de la régate. Il s’agit d’une vraie fonction régate-fly back, avec remise à zéro instantanée au coup de canon et défilé des chiffres dans le guichet et de l’aiguille rouge des secondes autour du cadran (étanchéité à 100 m pour cette montre nautique). Les poussoirs de ce chronographe automatique sont en céramique, le protège-couronne en carbone forgé, le joint de la lunette octogonale en silicone rouge, les vis en acier et le bracelet XL en caoutchouc. On trouve sur le fond une étampe de l’équipage d’Alinghi en action (souvenir de la victoire de 2003). Ceux que cette ROO ultra-light dérangerait se contenteront de la version en or rose ou en platine, dont seule la lunette est en carbone forgé ! Série limitée à 1 300 exemplaires (carbone), 600 exemplaires (or rose) et 107 exemplaires (platine) : on note ici qu’Audemars Piguet a une notion relativement élastique de la série limitée, puisque cette production de 2 000 pièces équivaudra à 6-8 % du total des montres vendues par la marque en 2007 ! BUSINESS MONTRES La première fois que j’ai posé cette ROO Alinghi sur mon poignet, je n’ai pu m’empêcher d’éprouver une certaine déception : le carbone forgé ressemblait à une sorte de matière plastique imparfaitement finie et j’avais l’impression de porter une grosse Swatch (pour la légèreté) ou une de ces copies italiennes de Royal Oak en acrylique translucide qu’on voit fleurir sur les plages méditerranéennes. J’imagine ne pas avoir été le seul à ressentir la légèreté de cette montre comme une « faute » contre ce qui s’est imposé comme un des standards du luxe : le poids comme synonyme de valeur d’un objet précieux. Question d’éducation culturelle, sans doute, qu’il faudra sans doute plusieurs autres créations dans le goût de cette ROO pour évacuer du débat. Confidence : la manufacture du Brassus avait parfaitement perçu ce « choc culturel » : la boucle du bracelet en titane est anormalement lourde et surdimensionnée, et je ne serais pas étonné qu’il y ait des inserts métalliques cachés destinés à garantir un minimum de « main ». Cette ROO Alignhi pourrait être encore plus légère : ce sera sans doute fait le jour où notre perception de l’association valeur/légèreté se sera affinée... Richard Mille avait montré la route avec son concept de « montre compliquée la plus légère du monde » (RM009 : 28 g sur la balance). Son entourage l’avait mis en garde contre cette apesanteur « déstabilisante », qu’il n’avait pu imposer que par l’argument du nouveau matériau (Alusic), mais la série a été rapidement épuisée. En engageant son icône emblématique sur cette voie, Audemars Piguet consacre cette tendance à l’allègement comme une des clés de la haute horlogerie innovante : ce ne serait que l’aboutissement d’efforts de plusieurs années pour promouvoir le titane, l’aluminium, le silicium et tous les nouveaux alliages qui restent à exploiter. Evidemment, après quelques minutes, cette déception initiale se dissipe et on sent pionnier d’une nouvelle horlogerie, avec une « bête » incomparable au poignet : massive, certes, mais si légère et si confortable qu’on adopte une autre gestuelle. Une « bête » qui ne ressemblera à aucune autre, puisque chaque bloc de fibre de carbone a son propre « dessin », mais une « bête » que chacun identifiera à coup sûr comme une Royal Oak ! A n’en pas douter, ce sera une des pièces les plus commentées des prochains salons horlogers... J’imagine que les premières Royal Oak en acier – shocking dans l’univers du luxe ! – avaient provoqué les mêmes réticences : près de trois décennies plus tard, on a oublié cette réaction pour n’en conserver que l’émotion initiale. Cette ROO Alinghi prouve que la réserve d’émotions est loin d’être épuisée. Cette chronique sur la ROO Alinghi Team est exclusive pour l'espace francophone, mais je vous recommande la belle saga sur les Royal Oak, magistralement illustrée de pin-ups à l'ancienne, que vous trouverez sur Horomundi (www.horomundi.com)... |
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| La manufacture Audemars Piguet | |||||||
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