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| 7 mars 2007 - ROMAIN JÉRÔME PRÉSENTE UNE MONTRE QUI UTILISE L’ACIER DU « TITANIC » : J'IRAI CRACHER SUR VOS TOMBES ? | |||||||
La montre Romain Jérôme Titanic-DNA – première pièce d’une collection qui se veut « DNA of Famous Legends » (ADN des grandes légendes) – entend créer un lien entre notre époque et le « Titanic », paquebot qui a coulé dans l’Atlantique nord en 1912.Argument de la marque : associer une montre de luxe, équipée d’un mouvement haut de gamme (Lajoux Perret, avec petite seconde à 9 h), à des matériaux récupérés sur l’épave du « Titanic ». La lunette en acier oxydée est un alliage qui fusionne l’acier du futur « Titanic II » (dont le lancement est prévu pour 2012, à Belfast, sur le chantier qui avait donné le jour au premier « Titanic ») et quelques parcelles de l’acier remonté de 3 840 m de fond. Le cadran lui-même associe des particules du charbon recueilli sur l’épave à une laque noire. Les aiguilles sont inspirée de l’ancre du « Titanic ». Le boîtier modulaire permet d’associer ces matériaux « DNA » à un boîtier en platine ou en or rose, avec des éléments en titane, en céramique et en matériaux composites (tirage limité à 2012 exemplaires, clin d’œil au lancement du futur « Titanic II »). Le fond de cette montre a été gravé par Kees Engelbarts et il est personnalisable. BUSINESS MONTRES L’effet d’annonce est certain. Et la déception évidente quand on s’aperçoit qu’il ne s’agit que d’infimes fragments refondus… Se pose tout de même une élémentaire question de morale. D’une part, le lieu de naufrage du « Titanic » est un mausolée sous-marin, dont l’exploitation est interdite à la fois par la morale et par la loi internationale sur les sanctuaires maritimes. Je suis d'ailleurs surpris que des fragments, même infimes, de l'épave aient pu être recyclés dans un circuit marchand... D’autre part, on peut s’interroger sur les ressorts éthiques de la démarche de Romain Jérôme : posture de charognard ou coup de génie marketing ? Peut-on imaginer des montres réalisées à partir de composants ramassés dans les cimetières de la Première Guerre mondiale ? Qui oserait sculpter ses boîtiers dans des carlingues d’avions abattus pendant la Seconde Guerre mondiale ? Pourquoi pas des aiguilles taillées dans les poutrelles métalliques de l'ex-World Trade Center de New York ? Ou une lunette récupérée sur la carcasse du Concorde qui s'est crashé à Gonesse ? Et un bracelet en requin pour rendre hommage aux naufragés du "Titanic"... L’idée serait peut-être intéressante (pas sûr du tout !), mais sa réalisation du plus parfait mauvais goût. Dans ce cas précis, son exploitation témoigne, en tout cas, d'une absence d'éthique assez choquante et d'un manque de distance par rapport au luxe très surprenant pour une marque qui ne cesse de vanter son positionnement haut de gamme... Je ne serai d’ailleurs pas étonné, connaissant la sensibilité américaine pour tout ce qui touche au « Titanic », que la marque Romain Jérôme ne soit définitivement grillée aux Etats-Unis. Je doute également que les Japonais apprécient cette attitude de pilleur d'épave. Tout comme les Européens. Je n'entrevois qu'un retrait un peu honteux de ce modèle avant les salons de ce printemps : l'équipe de Romain Jérôme aura-t-elle le cran de la présenter à Bâle ? Puisque cette marque entend « créer des objets qui ont une âme », cette montre – par ailleurs designée avec une certaine élégance, et plutôt réussie – a peut-être un âme, mais celle-ci n’est vraiment pas belle à voir… Et, tant qu'à faire du mauvais esprit, proposer une montre "Titanic" étanche à... 50 mètres, c'est assez minable, non ? Ou alors c'est le plus atroce des humours noirs... |
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| ROMAIN JÉRÔME ET SA MORALE | |||||||
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