La lettre internationale des marchés horlogers
 Accueil  Brèves  Présentation  Grégory Pons  Anciens numéros  S'abonner
22 mars 2007 - RUDIS SYLVA : LE PARI D'UNE HAUTE HORLOGERIE ENRACINÉE
La haute horlogerie franc-montagnarde s’offre une marque de luxe : Rudis Sylva veut résumer trois siècles d'expertise horlogère au plus haut niveau

Un peu d’érudition.
Rudis parce Jean Ruedin, chef charismatique des paysans qui ont commencé à défricher les Franches-Montagnes du Jura suisse dès le XIVe siècle. Franches, parce que ces forestiers bénéficiaient ainsi d'exonérations fiscales : les Jurassiens sont des petits malins...
Sylva parce que la forêt encercle inexorablement la moindre terre ainsi défrichée et qu'elle imprègne la culture et les mentalités locales, dont l'autre pôle d'intérêt est l'horlogerie.

A plus de mille mètres d’altitude, les hommes et les femmes des Franches-Montagnes ont toujours mené une vie rude, surtout quand les neiges de l’hiver refermaient les routes pour de longs mois.
Ce temps libre hivernal leur a permis de développer une habileté manuelle devenue vite légendaire dans les milieux horlogers : les Franc-Montagnards ont ainsi accumulé, au fil des générations, des compétences et des expertises hautement spécialisées, capables de leur ouvrir les commandes des meilleures manufactures.

Un seul exemple, récent : c’est aux Breuleux, au cœur de cette région assez inhospitalière pour que ses enfants soient encore plus plus accueillants, que Richard Mille fait réaliser ses montres…

Pour profiter de cette tradition de bienfacture, plusieurs enfants du pays ont décidé de créer une nouvelle marque, Rudis Sylva.
L’animateur est Jacky Épitaux (ex-directeur général de Rodolphe, ex-Zenith) : il a fédéré autour de son projet des investisseurs, des horlogers et des mini-manufactures de composants, tous 100 % enracinés, comme on le note à leur sympathique accent.

Concept de la marque : de la très haute horlogerie, superlative dans son exécution et dans ses finitions comme dans son approche des complications originales.
Gamme de prix : autour des 230 000 euros, avec une production qui ne devrait guère dépasser la centaine de pièces par an, vendues par un réseau hyper-sélectif de détaillants internationaux.

Selon le principe de l’« ombrelle » déjà mis en œuvre par Max Busser chez Harry Winston comme chez MB & F, chaque collection portera le nom d’un horloger de référence : le premier modèle sera signé par Romain Gillet, célébrité locale de la construction horlogère (ex-Claret), lui-même héritier de six générations d’horlogers-paysans.

Cette première montre Rudis Sylva par Romain Gillet est étonnante de complexité.
Retenez votre souffle : il s’agit d’un double régulateur à résonance avec grande date et sonnerie. Cette complication est une "world premiere" : pour une fois, c’est sans doute vrai !
Au cœur de la montre, un duo de balanciers qui oscillent l’un face à l’autre dans une « cage » montée sur roulement à billes, qui tourne sur elle-même dans le sens horaire. C’est une sorte de « maxi-tourbillon » à double échappement réglant : le résumé fera hurler les puristes, mais il donne une idée de ce qu'apporte ce mouvement. C’est assez bluffant, mais on attend d'en savoir plus côté précision réelle du mouvement et valeur ajoutée chronométrique…

La sonnerie de type boîte à musique (indiquée par la clé de fa sur le cadran) est débrayable par un poussoir sur le flanc gauche du boîtier, l’armage se faisant au dos de la montre.
Sa mélodie reprend, au passage des heures, les notes de "La Rauracienne", l’hymne des francs-montagnards du Jura.
Rappel utile : l’ancien nom du Jura est la Raucacie.
Ce sera rigolo de voir les collectionneurs pékinois, singapouriens et ukrainiens fredonner « Unissez-vous, fils de la Rauracie, Brisez les fers d’un injuste destin, le ciel fera germer notre semence… » !
Ceux qui ne seraient pas sensibles aux mâles accents patriotiques de cet hymne rauracien pourront toujours commander à Rudis Sylva une mélodie personnelle : on peut parier que les clients asiatiques vont adorer ce mariage de boîte à musique et de complication horlogère.

Continuons la revue. La grande date est exclusive et brevetée : le correcteur est le poussoir situé à 2 h, le (faux) poussoir à 4 h n’étant là que pour l’équilibre et pour porter la plaquette qui indique le numéro de série de la montre.
Un des côtés du boîtier carré (42 mm de côté sur 19 mm d’épaisseur, en or ou en platine) est transparent. Intéressants et originaux : les rubis noirs qui soulignent le gris des vis en titane. Les aiguilles de heures et des minutes sont en forme de.. sapin ! On admirera au passage les différentes techniques de guillochage mises en œuvre sur le cadran.

Cette pièce « identitaire » sera présentée en avril à Genève, non loin du SIHH, et elle sera fabriquée au château de Saignelégier, promu centre de compétences régionales pour la haute horlogerie. Ce sera un bel écrin pour offrir aux clients de Rudis Sylva une immersion « expériencielle » dans le pays des paysans-horlogers …


BUSINESS MONTRES
Cette nouvelle marque avait déjà été signalée dès le 2 février sur ce site. On en sait désormais un peu plus sur la montre elle-même.
On regrettera seulement que le cadran soit aussi "sage" et qu'il ne rende pas vraiment compte de l'hyper-complexité du mouvement, dont on apprécie qu'il ne se prenne pas trop au sérieux avec son amusante "boîte à musique" rauracienne, qui prouve que technique peut rimer avec ludique...

Halte là, les Francs-Montagnards sont là : cliquez...
Business Montres & Joaillerie, la lettre internationale des marchés horlogers.
Quai du Seujet, 16 - CH-1201 Genève (Suisse). Tél : +41 79 800 23 08.
Direction de la publication et responsable de la rédaction :