La lettre internationale des marchés horlogers
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7 avril 2007 - HORLO 2.0
Chronique parue sur le site de GMT Magazine (Suisse), qui vient d'ouvrir avec Monster une intéressante rubrique d'offres d'emploi horlogères.

L’horlogerie a désormais deux vitesses.

Il y a, d’un côté, les marques lancées dans la fabrication de montres qui servent à lire l’heure. Et il y a une nouvelle génération d’horlogers qui réalisent des montres prétextes à pimenter le temps qui passe.

Les deux objets portent le même nom (on retrouve la pauvreté sémantique regrettée dans cette chronique le 19 février), mais c’est à peu près tout ce qu’il y a de commun entre eux, hormis le fait qu’ils donnent aussi l’heure.

Ce basculement entre deux générations (comparable au basculement du web première manière vers le web 2.0) rappelle un autre renversement historique. De même que les montres, au début du XXe siècle, avaient quitté la poche pour s’accrocher au poignet, on pourra bientôt dire que, au début du XXIe siècle, les montres-bracelets ont cessé d’être des mécaniques horlogères pour se transformer en concepts ludiques de valorisation personnelle : le concept est encore long à énoncer, et trop nouveau pour avoir déjà trouvé son raccourci synthétique, mais ça ne devrait plus tarder !

Un petit effort de mémoire : au début du XXe siècle, rien ne semblait pouvoir menacer la montre de poche, aboutissement grandiose et insurpassable de trois siècles d’horlogerie mécanique. Les premières montres-bracelets étaient regardées par les puristes et les connaisseurs comme des colifichets efféminés, des fantaisies qu’un gentleman bien né ne saurait porter, comme des fantaisies pour sportmen légèrement excentriques et déjantées...
De fait, les montres de poignet utilisaient effectivement des mouvements pour montres de dames. Le cuir des bracelets était un matériau vil comparé à l’or des chaînes. Au poignet, cet objet inhabituel faisait un peu tape-à-l’œil, parvenu, nouveau riche avide d’afficher sa différence et sa modernité clinquante. Bref, des produits pour « rastaquouères » friqués : pour nous en tenir à la légende Cartier de la première montre-bracelet, souvenons-nous que Santos-Dumont était brésilien. On lisait effectivement très mal l’heure sur ces petits cadrans et on ne pouvait loger aucune complication digne de ce nom dans ces boîtiers si fragiles, dont on cassait trop souvent les verres…

Il n’aura fallu qu’une vingtaine d’années (et une guerre mondiale) pour que la montre-bracelet s’impose au poignet, reléguant la « montre de papa » au musée des crinolines, des calèches et des gilets empesés...

Aujourd’hui, les mêmes critiques assaillent la nouvelle génération des montres conceptuelles. On pourrait dupliquer les reproches : « ovni » importable et vulgaire, « pizza » m’as-tu-vu, inutilement coûteuse et faussement luxueuse avec ses « sandwiches » de matériaux industriels, caprices de néo-riches exotiques, milliardaires chinois, keffiehs de luxe, mafieux russes et autres bambocheurs dorés sur tranche.

Les Précieuses ridicules s’indignent et vont valoir leur héritage de bienfacture, mais les néo-horlogers futuristes sont déjà loin devant. Derrière Richard Mille, ils explorent de nouveaux territoires : la 3-D, l’oubli des aiguilles, la mise sur orbite, la déstructuration, la sculpture mécanique, la métallurgie high tech. Rien n’est assez trop fort pour ces contestataires de l’ultra-horlogerie, qui ne parlent déjà plus le même langage que leurs aînés. Leurs noms, vous les connaissez : MB&F, De Bethune, Urwerk et les autres, mais ils influencent durablement des maisons réputées comme Audemars Piguet, Roger Dubuis, Girard-Perregaux ou même Patek Philippe.

Comment de temps faudra-t-il à ces « révolutionnaires » pour démoder définitivement l’ancienne génération de ceux qui se contentent de faire des montres ?
Retrouvez la chronique de Grégory Pons sur le site de
Business Montres & Joaillerie, la lettre internationale des marchés horlogers.
Quai du Seujet, 16 - CH-1201 Genève (Suisse). Tél : +41 79 800 23 08.
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