La lettre internationale des marchés horlogers
 Accueil  Brèves  Présentation  Grégory Pons  Anciens numéros  S'abonner
14 octobre 2010 - PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE : Convergences créatives et explosions conceptuelles
.

Comment
se fait-il
qu’on travaille
à peu près
sur les mêmes idées
au même endroit
et au même moment ?

Le hasard
et la nécessité
sont parfois
d'une convergence
hallucinante,
qui n’exonère pas
les « pompeurs »
de leur paresse
intellectuelle...








1)
••• CONCEPTS
PARALLÈLES OU CRÉATIONS PARASITES ?

Il y a des explosions créatives très précises et très convergentes dans les grands millésimes horloges.
Un exemple : les affichages mécaniques digitaux autour de 2008, avec De Grisogono et sa Meccanico, Harry Winston et son Opus 8 ou MCT et sa Sequential One, qui devançaient la Dual Tow de Christophe Claret, la Zeitwerk de A. Lange & Söhne, les Masques de Vacheron Constantin, la nouvelle Hautlence 2.0, la Devon Thread 1 ou le projet 4N de François Quentin. Pour ne citer que les projets les mieux connus. Ce qui fait beaucoup en quelques moins pour une horlogerie mécanique qui en était restée depuis trois siècles aux heures sautantes.

••• Parallélisme conceptuel ou parasitage créatif ? De toute évidence, si la célébrissime Opus 3 d’Harry Winston a pu inspirer les uns et les autres, les temps de développement nécessaires au développement des modèles ci-dessus permettent d’exclure à peu près toute indélicatesse, encore qu’on trouve ici et là des « motoristes » qui jureront qu’ils avaient approché telle ou telle de ces marques pour lui vendre un idée qu’on a retrouvé plus tard sous la seule signature de la manufacture en question...



2)
••• CONCORDANCE DES TEMPS OU
CONVERGENCE DANS LE TEMPS ?

On pourrait également citer le buissonnement soudain des engrenages verticaux
(Parmigiani, Cabestan, Jacob & Co et les autres), les engrenages planétaires (épicycloïdaux) en 2010 (Harry Winston Opus X, Ressence, Anticythère et les autres projets en cours), les montres à profondimètre (IWC ? Panerai, Jaeger-LeCoultre, Favre-Leuba, Pierre Kunz, etc.) ou la fulmination brutale des tourbillons multi-axes (Thomas Prescher, Franck Muller, Jaeger-LeCoultre, Girard-Perregaux, Concord, Zenith, etc.). Business Montres rappelait récemment (1er octobre, info n° 4) comment, pour le seul projet de l’échappement gyroscopique mis au point par Zenith pour sa Christophe Colomb à échappement « sous globe », trois brevets ont été déposés, par trois « motoristes » différents, sans qu’on puisse savoir s’il y a eu concordance, convergence et connivence (image ci-dessus : les dessins de ce qu'aurait pu être la Christophe Colomb)...

••• Autres déflagrations prévisibles dans les années dix : les lunes ou les terres en 3D (sphériques) déjà mises sur orbite par de Bethune ou Hysek (au moins quatre projets sont annoncés), les engrenages non circulaires (déjà tentés par Franck Muller, Hermès ou Horus, ainsi que de façon décorative par Maurice Lacroix ou Artya), les « bandes dessinées » horlogères (Le Pont des Amoureux de Van Cleef & Arpels a défriché la voie des « montres qui racontent une histoire »), les sculptures tridimensionnelles (Boucheron, Max Busser, Chopard et les autres) ou la greffe de LED sur des mouvements mécaniques de haute horlogerie, histoire de « mettre en scène » les complications.



3)
••• POLLINISATION INTER-CULTURELLE OU
VEILLE CONCURRENTIELLE MALVEILLANTE ?

Ce qui n’empêchera pas une plongée parallèle et tout aussi concomitante vers un style néo-classique,
qu’il ne faut pas confondre avec le simple et banal « retour au classique » [argument des manufactures paresseuses pour réchauffer les plats sans risque] : pour la révolution conservatrice qui nous attend, il ne suffira pas de recopier le passé, mais il faudra le repenser et le reformuler, dans un défi compétitif qui s’annonce passionnant. Comme quoi la créativité horlogère n’est pas une affaire de concepts ébouriffants « pour épater les bourgeois », mais de concentration de l’intelligence sur l’être et non plus sur le paraître...

••• S’il est vrai qu’on se parle beaucoup dans les bistrots des watch valleys, il faut clairement distinguer ce qui relève du « bain culturel ambiant », de la « pollinisation réciproque » et de la veille concurrentielle malveillante. Deux projets aux conclusions d’apparence homogène peuvent avoir des prémisses radicalement divergentes : le meilleur exemple en reste la (fausse) homologie de l’Opus X d’Harry Winston (Suisse) et de la proposition Ressence (Belgique)...

••• Moralité : honneur aux vrais créateurs, mais malheur aux naïfs ! Certaines idées sont assez fortes pour s’imposer comme originales et fonder une tradition, même si elles deviennent ensuite génériques [le meilleur exemple doit en être le tourbillon Franck Muller Revolution 2]. D’autres concepts, quoique géniaux, ont trop peu d’identité originelle pour résister au déferlement permanent de la créativité des nouvelles générations et au photocopieur toujours sous tension des vils opportunistes [la vogue des montres animalières a encore du mal à distinguer le bon grain de l’ivraie]. Le tout est aussi de savoir se protéger : là, beaucoup de jeunes créateurs sont d'une candeur désarmante quand ils viennent proposer leurs merveilles conceptuelles aux vieux renards qui circulent en toute impunité dans le poulailler horloger...


••• VOIR ÉGALEMENT...
« Le Sniper du Vendredi », Business Montres du 15 octobre, info n° 2 (un cinquième brevet sur absolument le même thème !)...











MERCI POUR VOTRE ATTENTION
à l’issue de cet éclairage sur les convergences créatives.

••D’accord, pas d’accord ? Un commentaire, une actualité ou un complément d’information à transmettre ?

Cliquez en bas de page sur le mot « GRÉGORY PONS » pour envoyer votre message par e-mail...
.
Business Montres & Joaillerie, la lettre internationale des marchés horlogers.
Quai du Seujet, 16 - CH-1201 Genève (Suisse). Tél : +41 79 800 23 08.
Direction de la publication et responsable de la rédaction :