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| 12 avril 2007 - TAG HEUER V4 : ON VOIT LA QUEUE DU SERPENT DE MER | |||||||
La TAG Heuer Monaco V4 existe vraiment : elle marche et je l’avais au poignet hier soir. Ce qui ne gâte rien : elle est superbe ! La Monaco V4 de TAG Heuer, c’est l’Arlésienne de l’horlogerie et le serpent de mer médiatique absolu : avec son mouvement entraîné par des courroies, c’est la « concept watch » dont tout le monde a parlé, mais que le marché attend toujours trente-six mois plus tard. C’est surtout la montre dont tous les horlogers ont juré craché, comme dans la pub : « Ça ne marchera jamais ! ». Désolé pour les oiseaux de malheur ! Le mouvement V 4 existe, il se remonte correctement grâce à une masse oscillante qui « charge » quatre barillets inclinés en V et l’énergie est effectivement distribuée par des courroies et non plus par des engrenages classiques. Ces courroies en matériau synthétique font 0,07 mm d’épaisseur (un peu moins qu’un cheveu) et leurs « dents » sont taillées par des « femtolasers » (lasers ultra-fins, qui doivent être à peu près les plus fins disponibles sur le marché) qui font du « femtodécoupage » (travail dans l’infiniment petit). La boîte est celle des Monaco dernière génération, déjà vue l’année dernière sur la Monaco Concept Watch Calibre 360 : un subtil équilibre de facettes et de lignes parfaitement tendues. Pour la faire courte, les derniers trente-six mois ont été surtout consacrés, non pas à des prototypages de mouvements, mais à des calculs mathématiques et physiques (stochastiques) lancés sur des super-ordinateurs scientifiques, du même type que ceux qu’on utilise pour la recherche spatiale et aéronautique. Au cours de ces trois ans de calcul, TAG Heuer s’est efforcé de comprendre le pourquoi ça marche plus que le comment : il s’agissait de « plonger » – sans doute pour la première fois dans l’histoire horlogère – dans l’infiniment complexe de la dynamique horlogère et dans la « femtoanalyse » de ce qui se passe vraiment quand il s’agit d’apporter une certaine énergie à un balancier, qui la redistribue à des rouages secondaires qui animent les aiguilles chargées d’indiquer l’heure. C’était un vrai « voyage au centre de la montre » : on peut imaginer que les équations ainsi établies par TAG Heuer sont un « trésor » qui permettra de mieux connaître les subtilités de l’art mécanique et dont la marque tirera profit dans les années à venir. Où en est-on pour cette Monaco V 4 ? J’ai donc eu la chance d’avoir aux poignets (au pluriel) les deux versions : celle de 2004 et celle de 2007. On vérifie au passage que la nouvelle boîte Monaco a pris de l’ampleur sans prendre trop de muscle : elle est superbe. On découvre aussi que les mouvements ont été entièrement redessinés. La montre est « fonctionnante » à défaut d’être totalement fonctionnelle : on pourrait presque déjà la porter au quotidien, mais elle n’est pas encore totalement testée dans des conditions « chronofiables » (température, choc, etc.). De même qu’elle ne semble pas encore certifiable chronomètre : le réglage final n’a pas été fait et sa précision n’atteint pas encore tout-à-fait la norme – 4 + 6 secondes par jour, mais les ingénieurs de TAG Heuer pensent y parvenir dans les semaines qui viennent. La réserve de marche se situe aux alentours des trois jours, ce qui valide les hypothèses initiales du « chargement » par une masse linéaire en ruthénium et de la distribution par des courroies, grâce à une ré-architecture complète d’un mouvement, que cette ré-ingéniérie n’a pas empêché d’être de plus en plus esthétique (et ce n’était encore qu’un prototype de travail). La décoration finale du mouvement devrait encore être améliorée : les finitions (anglages et exécution) sont plutôt poussées pour une pièce encore pré-industrielle. J’espère qu’un effort sera consenti pour l’amélioration de la lisibilité de la petite seconde (à 5 h), particulièrement indispensable sur une telle montre pour en vérifier le fonctionnement : sans rupture esthétique, on pourrait d’ailleurs imaginer un disque plus ou moins translucide plutôt qu’une aiguille bleue à peu près invisible sur ce fond d’acier... Une bonne nouvelle pour les amateurs : le prix, qui avait été annoncé aux alentours de 15 000-20 000 euros, ne devrait pas répercuter les fantastiques débauches de calculs très onéreux réclamés par la mise au point du mouvement. On se situera donc dans ces eaux-là, ce qui est cher, mais pas finalement si coûteux pour une montre aussi « révolutionnaire » (notamment par rapport à des d’autres « concept watches » qui semblent du coup très timides)... Mon pronostic pour la commercialisation : sans doute pas avant 2008, même l’honneur de Jean-Christophe Babin est engagé pour 2007 (il en avait fait la promesse voici trois ans). On peut donc tabler sur la présentation d’une première série (guère plus de 20 pièces) fin 2007. |
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