La lettre internationale des marchés horlogers
 Accueil  Brèves  Présentation  Grégory Pons  Anciens numéros  S'abonner
11 mars 2011 - LE SNIPER DU VENDREDI : Les meilleures infos horlogères (tous azimuts) de cette fin de semaine
.

D’abord,
une pensée
pour tous nos amis
de la communauté
horlogère japonaise,
et pour leurs proches,
ainsi que pour tous
les riverains du Pacifique
touchés par le tsunami :
« Tout de bon,
on pense à vous »,
comme on dit en Suisse !

Mais il faut quand même
parler de montres...

POUR CETTE
FIN DE SEMAINE,
LE SNIPER
DU VENDREDI
A
...








1)
•••
SYNTHÉTISÉ QUELQUES PISTES DE RÉFLEXION
SUR CE QUE POURRAIT ÊTRE LA PROCHAINE « OPUS 11 » D’HARRY WINSTON...

C’est le grand jeu avant Bâle : essayer de savoir ce que préparent les maisons qui cultivent
– jusqu’à l’absurde – le secret sur leurs nouveautés. Depuis onze ans, Harry Winston pratique l’omerta sur ses Opus annuelles, qui ne sont révélées qu’à Bâle, et seulement aux initiés puisque les pièces ne sont pas en vitrine ! Donc, cette année : Opus n° 11. A écrire 11, XI (des chiffres romains, comme l’année dernière ?), onze ou même eleven pour faire plaisir à l’état-major new-yorkais. C’est une des cachotteries les mieux préservées de l’horlogerie pré-bâloise, mais, en cherchant un peu chez les fournisseurs, on finit par se faire une idée assez vague – ou assez précise, selon les cas – de ce futur bébé Opus 11...
Par exemple, on peut rester à peu près sûr qu’il n’y aura pas d’aiguilles : aucune commande qui sorte de l’ordinaire chez les aiguilliers habituels d’Harry Winston en Suisse, qui ne sert que chez les aiguilliers d’élite, soit un cercle restreint. Ce qui libère du champ pour imaginer que la manufacture de Plan-les-Ouates a de bonnes chances de renouer pour cette Opus 11 avec la tradition de l’affichage digital. Ce ne sera guère que la quatrième fois (sur onze), après l’Opus 3 (la mythique boîte parallélépipédique à hublots de Vianney Halter), l’Opus 5 (Felix Baumgartner, qui n’était pas encore tout-à-fait Urwerk) et l’Opus 8 (Frédéric Garinaud pour Renauld Papi). Donc, des chiffres, sans doute pour les heures comme pour les minutes, sachant qu’on ne peut pas encore éliminer, à ce stade de l’enquête, la possibilité d’une heure exprimée par des disques rotatifs, des « dés » (façon Urwerk), des rouleaux (façon Concord), des cônes (façon Jouvenot) ou tout autre support imaginable hors des aiguilles. Il faut faire d’autres recherches : la suite au prochain épisode...


2)
•••
PROFITÉ D’UNE TOURNÉE CHEZ LES FOURNISSEURS
POUR COMPRENDRE LE « RÉVEIL » DE TUDOR...

Dans la foulée des recherches ci-dessus [Harry Winston], un bon conseil aux collectionneurs de Tudor :
ce n’est pas le moment de revendre votre Advisor, cette mythique montre-réveil du groupe Rolex (la seule qu’il ait jamais lancée), commercialisée dès la fin des années 1950 et arrêtée à la fin des années 1970 (image ci-dessus : remerciements à « Bill », sur PuristSPro). Les spécialistes parlent de 1957 à 1977. La cote de cette Advisor, dont on a connu plusieurs références, manuelles ou automatiques, et au moins deux tailles (34 mm et 36 mm) avec de multiples cadrans, est restée élevée pour une Tudor, avec des pièces qui se négocient entre 2 500 et 3 000 euros, mais cette cote pourrait exploser dans les mois qui viennent, puisqu’on va beaucoup parler de l’Advisor dans les semaines qui viennent. Le mouvement « historique » de la Tudor Advisor était un bon vieil AS (A. Schild 1475 « Alertic »), très honorablement connu (daté de 1955, il est resté près de vingt ans en production) et vendu à des marques comme Girard-Perregaux. On le reconnaît à ses deux couronnes (à 2 h pour le barillet du réveil, à 4 h pour celui la montre) : son bruit de crécelle était tout sauf agréable, mais il réveillait...
Pourquoi va-t-on reparler de l’Advisor ? Et, en plus, dans les couloirs de Baselworld... D’après vous ? Normal pour une marque qui cultive son... héritage ! On devrait même pouvoir s’attendre non à une réédition du mouvement AS, mais à un développement exclusif sur une base Soprod...


3)
•••
COMPRIS QU’IL Y AVAIT
DE LA COMPÉTITION DANS L’AIR AUTOUR DES NOUVEAUX ÉCHAPPEMENTS

En fait, la hache de guerre a été déterrée sur le terrain de la chronométrie,
d’une part entre les marques et, d’autre part, entre les maîtres-horlogers. Côté marques, quelques manufactures s’apprêtent à rivaliser de puissance à propos des échappements à haute vitesse : on parle d’un nouveau El Primero en 50 Hz (360 000 A/h) chez Zenith, sachant que TAG Heuer a déjà présenté un chronographe 50 Hz pendant la Wonder Week de Genève, Chopard, Seiko, Breguet et deux autres marques (qui tiennent au secret) développant de leur côté des mouvements à très haute fréquence (10 Hz pour Breguet : Business Montres du 4 janvier, info n° 4). Une des conséquences de cette compétition se remarquera au prochain concours de chronométrie, qui a malheureusement mobilisé trop peu de marques notoirement attachées à la précision de leurs mouvements (liste publiée par Business Montres le 9 mars, info n° 4)...
Cette bataille pour l’ultra-précision est lancée en parallèle pour les maîtres-horlogers de référence sur le seul terrain des échappements. Laurent Ferrier s’apprête à lancer son micro-rotor équipé d’un échappement à double impulsion directe au balancier (Business Montres du 10 mars, info n° 8 : pour mieux comprendre cet échappement, un mini-clip d’animation – 00:14 mn – sur notre chaîne images). Cette idée s'inspire d'un ancien projet d'échappement libre d’Abraham Louis Breguet. De son côté, Kari Voutilainen a lui aussi travaillé sa Twenty-8 avec un échappement à double roue d’échappement à impulsion, exactement selon le principe de Louis Abraham Breguet (Business Montres du 31 janvier, info n° 5, et Business Montres du 2 février, info n° 7).
A croire que la traditionnelle « ancre suisse » a du souci à se faire ! Kari Voutilainen devrait également co-présenter, à Baselworld, un nouveau concept d’échappement à détente, développé pour faire renaître la marque Urban Jürgensen (Jean-François Mojon est associé à cette avancée dans le domaine de l’hyper-précision chronométrique). On sait que Audemars Piguet travaille de son côté à la fiabilisation d’un échappement Robin (pièce Cabinet n° 5), que Heritage Watch Manufactory (Karsten Frassdorf) a imaginé une force constante à double ancre, que De Bethune dispose également d’un régulateur à double ancre ou que Ulysse Nardin a imaginé un échappement Dual dans l’esprit de ce à quoi pensait Louis Abraham Breguet – qui n’avait pas, en son temps, les machines à commandes numériques et les nouveaux matériaux qui permettent aujourd’hui de réaliser au micron près ce dont rêvaient les grands maîtres du passé : l’avenir est aux échappements innovants... repris de la tradition horlogère !


4)
•••
OUVERT SANS LE VOULOIR
LA BOÎTE DE PANDORE DES CHIFFRES D’AFFAIRES DANS L’HORLOGERIE...

Estimer que le groupe LVMH renforcé de l’horlogerie Bvlgari était monté
sur la troisième marche du podium international des marques de montres (Business Montres du 8 mars, point n° 3), c’est forcément lancer une polémique inépuisable sur les « vrais chiffres » de l’horlogerie contemporaine. Surtout quand on ose écrire que cette troisième place déloge (même « de très peu ») Rolex de ce podium et talonne Richemont...
Aucune marque ne publiant de façon indiscutable ses propres et vrais chiffres [même dans les groupes purement horlogers, tout est consolidé], il est facile de s’en prendre aux estimations des uns ou des autres : pour discuter, il faut être (au moins) deux, mais, si on se refuse au dialogue, il ne faut pas accuser de vaticinations celui qui parle. Pour ne pas être simples à établir, les chiffres estimés n’en sont pas moins relativement fiables. Qu’on se souvienne ici du classement « Top 180 marques » tenté par Business Montres (n° 45, 20 décembre 2006) : c’était le premier jamais tenté dans l’horlogerie, avec un classement par rang de chiffre d’affaires et de production. Le problème était que, sur les trois chiffres (rang, chiffre, volume), deux au moins étaient bons, mais on ne savait pas lequel ne l’était pas. Ce classement a été depuis affiné : on le retrouvera bientôt dans Business Montres...
Pourquoi cette troisième place concédée à l’horlogerie LVMH ? Les chiffres du pôle horloger du groupe LVMH sont peu ou prou connus, ceux de Bvlgari également, mais pas exactement ceux de la montre Louis Vuitton : faisons une cote mal taillée pour aboutir autour de 1,8-1,9 milliard d’euros pour l’activité montres du premier groupe de luxe français (disons pour une année moyenne 2009-2010, les chiffres 2010 n’étant pas encore publiés). Prenons maintenant la marque Rolex, hors Tudor : ses résultats commerciaux avoisinent, selon nos estimations (« non officielles et non autorisées »), 1,8-1,9 milliard d’euros (un peu plus en comptant Tudor). A quelques millions d’euros près, Business Montres estime que la balance penche en faveur de LVMH, mais ce n’est effectivement plus vrai si on ajoute au chiffres d’affaires horloger de Rolex le chiffre d'affaires de Tudor et les profits des divers opérations financières du groupe Rolex dans son ensemble – non décomptés dans l’activité montres de Rolex, de même que le résultat des opérations financières du groupe LVMH ne sont pas intégrés dans l’activité de son pôle horloger. Le classement de Business Montres n'a pas vocation à nourrir des analyses boursières, mais à donner un cliché instantané – toujours révisable – du paysage horloger...
On peut imaginer d’autres scénarios et d’autres estimations, sur des bases substantiellement différentes. Celles de Business Montres étaient clairement détaillées dans le « Top 180 Marques » : inutile d’y revenir. Les décomptes du groupe Richemont (le très confidentiel « Top Luxury Watch Players Ranking » réalisée par le mystérieux Richemont Competitor Intelligence : merci à mes copains de Bellevue !) donnent des résultats sensiblement comparables : 2,08 milliards d’euros pour le groupe Rolex en 2009 et 2,39 milliards pour l’horlogerie Richemont 2009, mais seulement 1,4 milliard pour LVMH, Bvlgari compris. Notre classement tenait compte des envolées de 2010. Si seulement on pouvait discuter de tout ça publiquement et qu'on oppose des vrais chiffres aux seules estimations...


5)
•••
REPÉRÉ QUELQUES NOUVELLES MARQUES
SUR LE MARCHÉ INTERNATIONAL DE LA MONTRE...


••• NIC & MEL : une griffe de fashion spécialisée dans le vintage a toujours le souci du timeless, donc elle doit se préoccuper de montres. Nic & Mel (Gothenburg, Suède) se lance donc sur le marché avec une collection de montres de poche et de montres-bracelets intemporelles (référence # 29/Génération 2011), qui ont l’avantage de ne pas trop se faire remarquer et de ne coûter que deux centaines d’euros pour d’honorables boîtiers en 43 mm équipés de mouvements mécaniques manuels pas vraiment suisses, mais réellement vintage dans leurs performances (30 heures de réserve de marche)...

••• BEAMS : la marque de mode japonaise Beams + s’offre une ligne de montres assez décalée pour l’univers fashion (référence # 30/Génération 2011). Il s’agit de la réédition pure et simple d’une montre de scaphandrier de l’US Navy, marquages réglementaires compris, servie avec un bracelet en nylon conforme à l’original et bien dotée du spectaculaire capuchon de couronne (100 mm de long) qui distinguait ses montres...

••• ZLATOUST : puisqu’on parle de montres de scaphandrier [voir ci-dessus], une renaissance, celle de la fabrique Zlatoust, qui réalisé dans les années 1950-1970 les fameuses montres des scaphandriers soviétique, strictement imitées de celles des scaphandriers américains de l’US Navy avec leur cadran ultra-lisible et leur protège-couronne tubulaire. La marque Zlatoust (référence # 31/Génération 2011) est relancée par la fabrique Agat, qui a repris une partie des traditions et de la productions de l’ex-Usine n° 1 de Kirov (source et images : Oceanic Time)...

••• TRATALIA : la marque espagnole de bijoux se lance sur le marché horloger. Très opportuniste, la nouvelle collection Tratalia (référence # 32/Génération 2011) donne à fond dans l’électronique asiatique à prix ultra-accessible pour les nombreux franchisés de la marque...

••• CYRIL RATEL : pas forcément très nouvelle (donc non millésimée), mais cette marque genevoise fera son apparition à Baselworld cette année. Cyril Ratel nous prévient qu’il n’est « nulle (sic) besoin de dizaines d’années d’existence pour avoir toute sa légitimité dans le secteur de l’horlogerie suisse »...












MERCI POUR VOTRE ATTENTION
à l’issue de cette séquence « Le sniper du vendredi ».

••• D’accord, pas d’accord ? Un commentaire, une actualité ou un complément d’information à transmettre ?

Cliquez en bas de page sur le mot « GRÉGORY PONS » pour envoyer votre message par e-mail...
.
Business Montres & Joaillerie, la lettre internationale des marchés horlogers.
Quai du Seujet, 16 - CH-1201 Genève (Suisse). Tél : +41 79 800 23 08.
Direction de la publication et responsable de la rédaction :