La lettre internationale des marchés horlogers
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24 juin 2007 - ….. EXCLUSIF BUSINESS MONTRES : LE RETOUR DE JEAN-FRANÇOIS RUCHONNET, CABESTAN AU POIGNET .....
Le flamboyant animateur
de DMC est de retour,
avec plein de propositions décoiffantes
dans sa boîte à malices.
A Bâle et à Genève,
il portait fièrement sa Cabestan,
une des montres les plus originales
de ce printemps 2007.




(Quelques remarques à la lecture du « post » d'avant-hier sur « Le style Cabestan » m’ont fait prendre conscience du fait que je n’avais pas encore présenté cette Cabestan à ceux qui fréquentent ce site)...


Explosivement conquérante sur tous les terrains horlogers voici quatre ou cinq ans, Digital Médias Création a changé le regard que nous portions sur les montres : les films numériques signé DMC ont marqué l’histoire horlogère. La société de Jean-François Ruchonnet a employé jusqu’à 40 personnes et travaillé avec plus de 65 marques, avant de connaître un sérieux trou d’air.

L’idole numérique d’hier est soudain devenu le paria de la haute horlogerie, celui qu’il ne fallait plus fréquenter, qu’il ne fallait plus saluer – même dans les maisons dont il avait fait le bonheur – et dont on ne devait plus parler, sinon pour en dire du mal, critiquer ses voitures italiennes et sa mégalomanie. Un grand classique des milieux horlogers…

Comme tous les vrais créateurs (le C de DMC n’est pas cosmétique), Jean-François Ruchonnet a encaissé, soldé les comptes et rebondi en tirant les leçons de cette expérience flambloyante.
Ce fils d’horloger assume : « Je me suis laissé griser par la célébrité et j’ai beaucoup appris sur l’inconstance du succès ». Loin des projecteurs, il a redimensionné son entreprise et trouvé l’associé gestionnaire qui lui manquait (un Suisse allemand, ce qui ne gâte rien). DMC compte aujourd’hui 17 personnes, dont un bureau technique (construction et brevets) de quatre personnes.
Si les récentes blessures infligées à son égo ne sont pas encore tout-à-fait cicatrisées, ni vraiment pardonnées, elles sont en voie d’être oubliées, ou du moins reléguées à un rang subalterne par les nouveaux projets de « Jeff ».

On a beaucoup parlé de sa Cabestan, une montre travaillée avec Vianney Halter. Ensemble, ils ont conçu un mouvement « vertical » à chaîne et fusée, qui se remonte par ce qu’il faut bien appeler un « winch » ou une manivelle.
Une idée de remontage reprise par le tourbillon Quenttin de Jacob & Co (construction BNB) et, partiellement, par la nouvelle A. Lange & Söhne, dont l’immense ressort (3,60 m de long, pour 31 jours de réserve de marche !) ne peut se remonter qu’avec une clé à l’ancienne...

Cette Cabestan n’était jusqu’ici que virtuelle. Enfin mise au point et lancée en micro-série, présentée en « one to one » à Bâle et Genève, elle sera proposée directement par DMC, au prix de 290 000 euros sous la marque Cabestan. Une douzaine de mouvements – donc, autant de clients – seraient déjà mis en production chez différents fournisseurs, non sans difficultés techniques (voir-ci-contre).

Jean-François Ruchonnet entre ainsi en concurrence directe avec certaines de ses anciennes marques clientes, mais c’est un risque qu’il assume d’autant plus volontiers qu’il est bien décidé à ne plus faire deux fois les mêmes erreurs.
« Je comprends que ma grande gueule ait pu me valoir quelques inimitiés et j’ai appris à me taire, même si j’ai le sentiment d’aller souvent plus loin, plus vite et plus fort que les autres ».

DMC n’a jamais cessé de se poser en « boîte à idées » pour de multiples marques, dans le champ horloger (60 % de son activité) ou à l’extérieur (aussi bien l’aéronautique que l’électro-ménager, Nespresso notamment).
On est un peu loin des images virtuelles initiales, devenues marginales dans la « production » de DMC. Le coffre-fort de l’entreprise est plein de dossiers capables de réveiller le marché horloger, à défaut de le révolutionner : Jean-François Ruchonnet n’a jamais cessé d’avoir des idées – plutôt bonnes – et son potentiel énergétique est plus haut que jamais. En avance sur le marchés, il est déjà dans les commandes séquentielles des chronographes de demain et dans des échappements au potentiel fantastique.

• DMC pourrait prochainement lancer d’autres marques de luxe dans le domaine horloger. Il y aurait notamment dans les tuyaux une ligne féminine de haute complication joaillière, dont le nom de code serait Cassa Forte (« coffre fort »).

• Autre concept envisagé : l’ultra-luxe personnalisable à l’infini, pour des clients qui veulent absolument « leur » montre et qui la veulent unique, dans son habillage final comme dans son interprétation mécanique.

• Pistes de réflexion pour les futurs mouvements : des innovations à la Cabestan ou des idées tout aussi fortes apportées à DMC par de jeunes partenaires horlogers. Sous la houlette de Max Busser, la leçon des Opus d’Harry Winston aura décidément été profitable à toute la jeune génération horlogère.


CABESTAN : QUE D'ÉMOTIONS AU BOUT DU WINCH

Essayée ces jours-ci, la Cabestan (ci-dessus, en titane) est une pure gourmandise horlogère : c’était la vraie vedette – cachée – des salons horlogers. A déguster sans modération – pour ceux qui ont les moyens (290 000 euros la pièce)…
Originale dans son dessin (plus élégante, moins « caisse enregistreuse » et plus horlogère que le tourbillon Quenttin mis en œuvre pour Jacob & Co par BNB), la Cabestan cumule les difficultés...

Le réglage d’un tourbillon vertical – le seul qui soit à peu près justifié sur une montre-bracelet – est un art qui reste... compliqué !
La mise au point d’un échappement à force constante relève de la haute expertise, surtout avec un système à fusée et chaîne, à plus forte raison quand on veut garantir une chronométrie réellement linéaire (A. Lange & Söhne a mis du temps à maîtriser cette complication).
Côté fabrication, on est dans le cauchemar d’une chaîne de plusieurs centaines de micro-pièces. La mise au point des deux « coques » en verre (Pyrex) a fait appel à des techniques venues de l’industrie électro-nucléaire. Malgré tout cela, elle marche !

Présentée en off pendant les salons, la Cabestan a effacé d’un trait la quasi-totalité des autres montres un peu innovantes.
Au poignet, c’est un bonheur : légère, habilement proportionnée, ultra-portable et totalement singulière, la Cabestan est une des plus séduisantes concept watches de ces dernières années. En titane clair ou noir, elle impose son style sans jouer les fiers-à-bras. La manivelle qui se range dans la boucle déployante est un chef-d’oeuvre d’ingéniosité. C’est un des plus habiles dosages d’élégance et d’innovation qui puisse s’imaginer : bien au-delà d’une proposition disruptive, on est ici dans la refondation.
La Cabestan s’impose comme un des bannières de la nouvelle génération horlogère.

• Pour l’anecdote, il semblerait que cette Cabestan ait été proposée à plusieurs grandes marques, qui auraient hésité devant son concept « nautique » un peu trop radical et devant la haute technicité de sa construction.
Il est également possible que la réputation du tandem Ruchonnet-Halter ait été dissuasive, le premier restant marqué par son association au serpent de mer Monaco V4 (toujours en gestation prolongée chez TAG Heuer) et le second entré dans la légende noire de l’horlogerie avec son Opus 3 (géniale, mais toujours virtuelle chez Harry Winston)...



BUSINESS MONTRES & JOAILLERIE

Dans Ruchonnet, il y a ruche, avec tout ce que cela présuppose d’activités bourdonnantes et empressées. Au plus creux de la vague, Jean-François Ruchonnet a maintenu son réseau amical dans les vallées, en particulier avec des « stars » de la complication qu’on connaît encore mal et qui font le bonheur des manufactures qui ont pignon sur rue.
Comme on l’a beaucoup vu à L’Orient, chez Breguet, on a fini par savoir qu’il était dans le coup du double tourbillon lancé en 2006 par la marque, sur un concept « orbital » qui n’a pas forcément enchanté Jean Dunand et la manufacture Claret.

On prend les mêmes et on recommence ? Pas si simple ! Cette fois, Jean-François Ruchonnet a « bétonné » ses arrières, fiabilisé son dispositif de production et engagé les compétences nécessaires pour aller jusqu’au bout.
La personnalité est indéniable, l’énergie évidente et la créativité surmultipliée : c’est un « influenceur » potentiel de demain. A peine un peu moins « grande gueule » qu’avant, le Ruchonnet nouveau est arrivé : capable de tenir parole, il n’a pas fini de vous surprendre !

• La Cabestan n° 2 devrait être ainsi un vrai délire de mécanicien horloger, avec une énergie distribuée selon le principe de la pompe à huile : je ne peux pas en dire plus, mais ça va faire tousser les intégristes du Poinçon de Genève !


...


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