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| 30 mars 2011 - LE ZAPPING DU MERCREDI : Fin de la séquence bâloise et premiers enseignements horlogers pour 2011 | |||||||
.On verra demain pour les bilans chiffrés (les vrais et les faux). En attendant la fermeture officielle et le retour de tout le microcosme horloger dans ses terres natales, CE MERCREDI, LE ZAPPEUR SACHANT ZAPPER A ZAPPÉ SUR... 1) ••• LA VICTOIRE EN DÉCHANTANT APRÈS UNE SORTIE DE CRISE EN CHANTANT... Pas question de nier que certaines marques ont véritablement vu leurs commandes exploser à Baselworld 2011, édition qui restera dans les mémoires comme un très grand millésime, mais cependant pas exceptionnel (hormis pour une grosse poignée de marques dont quelques-unes ont vécu un emballement irrationnel : voir ci-dessous Hublot). La crise horlogère mondiale est oubliée, mais pas forcément effacée compte tenu des incertitudes qui planent sur l’avenir, qu’on parle du franc suisse trop fort, des pénuries de mouvements à quartz (pour l’entrée de gamme, marques « suisses » comprises), des tensions sur le marché de l’acier (surtout pour les boîtiers des trois-quarts marques Swiss Made), de la sous-capacité de l’appareil industriel (il va manquer plus d’un million de mouvements), de l’explosion du marché gris, de l’érosion des marges (pour cause de surdistribution) et des tensions dans la distribution [voir ci-dessous]. Sans parler du Japon, du Proche-Orient et de l’atonie des marchés européens, alors que les Etats-Unis semblent hésiter à replonger dans le marasme. Si on peut comprendre l’euphorie des managers, celle de leurs équipes est teintée d’amertume – voire de scepticisme : la situation se tend, en amont comme en aval, mais les états-majors n'ont pas encore senti ce durcissement... 2) ••• LA DÉSESPÉRANCE CROISSANTE DES GRANDS DÉTAILLANTS INDÉPENDANTS FACE AUX GROUPES... Ils ne sont pas seulement grands par la taille (certains de ces « indépendants » ont leur propre réseau de boutiques) ou par leur chiffre d’affaire, mais aussi par le prestige de leur enseigne. Ils sont grands par la réputation de leur nom et par la qualité des marques qu’ils représentent. Ils sont grands par leur connaissance du métier et des clients : certains de ces vieux briscards ont plus de trente, voire plus de quarante salons de Bâle au compteur. Mais ils sont accablés par la vie que leur mènent les groupes, par l’arrogance qu’ils endurent et par le manque de respect qu’ils ressentent, relation asymétrique assortie de discours ronflants sur un « partenariat » qui consiste le plus souvent à bourrer leurs tiroirs et à siphonner leur trésorerie avant de rogner leurs marges en attendant d’ouvrir une boutique monomarque sur le trottoir d’en face. La révolte gronde sourdement dans les rangs des grands distributeurs, qui n’ont pas encore en face d’eux assez de marques indépendantes pour desserrer l’étau des groupes trop dominants. Bousculés, pressurés et démotivés, ils font pour l’instant le gros dos. Il ne s’agit pas encore de rejouer Spartacus, mais ça ressemblera bientôt aux Révoltés du Bounty : on ne sait pas encore qui tiendra le rôle de Fletcher Christian... 3) ••• LA FACTURATION « À LA MINUTE » (À LA HUSSARDE ?) DE JEAN-CLAUDE BIVER (HUBLOT)... En recoupant différentes sources, internes et extérieures, et notamment les chiffres présentés à la « Comex » (commission exécutive du pôle horloger de LVMH), on peut estimer les commandes enregistrées par Hublot à Baselworld 2011 autour de 110 millions de francs suisses. Commandes transformées le soir même en factures expédiées « au cul du camion » ! En rapportant ce chiffre aux sept journées du salon et à raison de huit heures par jour, on aboutit à un montant facturé de 32 700 francs par minute « ouvrable ». Et certaines collections auraient pu se vendre trois, quatre ou cinq fois plus si les quantités n'avaient été contenues ! Combien de marques du Top 10 des grands exposants de Baselworld ont-ils pu en faire autant ? Trois ou quatre, guère plus... 4) ••• L’ENNEMI LE PLUS INSIDIEUX DES HORLOGERS SUISSES PRÉSENTS À BASELWORLD... Ce n’était ni le séisme au Japon, même si les marques « suisses » connaître, dans les semaines qui viennent, des répliques particulièrement désagréables (pénurie de mouvements à quartz en entrée et en cœur de gamme, pénurie d’acier 316L pour réaliser des boîtiers). Ce n’étaient pas non les intifadas qui se dupliquent et qui se généralisent dans les pays musulmans de l’« arc de crise » – même si les commandes passées à Baselworld n’ont pas été triomphales. C’est tout simplement le renchérissement du franc suisse par rapport aux marchés de la zone euro et de la zone dollar : quand, d’un côté, le franc suisse grimpe de 10 % et quand, de l’autre, les prix catalogue de 10 % grimpent aussi de 10 % (moyenne générale) hors effets de change, les montres suisses sont mécaniquement 20 % plus chères qu’il y a deux ans. Même si l’impact est limité sur les marques les plus dynamiques [dont les différentes montres must have s’arrachent de toute façon], attention les dégâts pour les marques moins demandées ou trop gourmandes... 5) ••• LES JOAILLIERS INDIENS QUI VIENNENT FAIRE LEUR MARCHÉ EN ITALIE... Si on parle des Chinois qui viennent faire (ou qui vont faire) quelques emplettes horlogères en Suisse, les Italiens s’alarment, de leur côté, des récents achats du groupe de joaillerie indien Gitanjali, qui vient de s’offrir quatre marques italiennes de bijouterie (Stefan Hafner, Nouvelle bague, Roberta Porrati et Io Si), jusqu’ici gérées par Blu Gioielli. Gitanjali avait déjà mis la main sur Valente Milano et constitué le groupe Giantti Italia. Même sous pavillon indien, la création et la fabrication devraient rester en Italie, à Valenza. L’émoi est d’autant plus fort dans le microcosme joaillier italien – très échauffé par l’affaire Bvlgari – que le groupe indien Gitanjali est lui-même en train d’être racheté par le groupe LVMH (Business Montres du 14 février, info n° 7)... 6) ••• LA BONNE SURPRISE DE LA JOAILLERIE HORLOGÈRE CHEZ TELLUS... Marque aujourd’hui française, mais d’origine suisse (1926, La Chaux-de-Fonds) et toujours Swiss Made, Tellus se fait remarquer pour deux raisons : l’élégance du design de ses montres, serties ou non, et son concept de bracelets facilement interchangeables, totalement dans l’air du temps. On ajoutera à ces atouts un prix relativement accessible et on se persuadera, avec la montre Diamanta (image ci-dessus), qu’on ne perd jamais son temps à flâner dans le Hall 5 de Baselworld. La ligne est pure, d’une élégance sans faute, et les multiples combinaisons de diamants noirs ou blancs qu’elle autorise multiplient les séductions, surtout avec le jeu d’une lunette sertie assortie aux aiguilles. Puisqu’on vous dit que Baselworld 2011 restera comme la réinvention d’une nouvelle simplicité dans l’expression horlogère... 7) ••• L’INTÉRÊT POUR LES SUISSES DE S’INTÉRESSER À L’AMERICA’S CUP... Toutes les bonnes raisons pour les Suisses de s’intéresser à l’America’s Cup, la plus célèbre épreuve du monde (et la plus ancienne), alors qu’on apprend qu’une équipe chinoise, China Team, qui était parrainée par TAG Heuer dans la 32e édition, participera à la prochaine et 34e coupe, qui devrait se courir en 2013 en Californie : Loïck Peyron (défi français) et Bruno Troublé (« M. America’s Cup ») répondent aux questions de Brice Lechevalier (source : Skippers TV, une vidéo de 04:17 mn). A part Saint-Honoré Paris (défi franco-allemand All4One), aucun horloger n’est encore en compétition, mais on parle de Corum pour soutenir Loïck Peyron (c’est encore loin d’être signé), ainsi que du retour de Casio, mais le ticket d’entrée reste prohibitif. Sauf pour des grandes marques, malgré tout un peu gênées de voir Louis Vuitton parrainer les premières manches... 8) ••• LA NOUVELLE FORMULE « ENRICHIE » DU TROISIÈME FORUM DE LA HAUTE HORLOGERIE... Le « Davos de la montre » se tient toujours au World Economic Forum de Genève, mais cette fois sur le thème « Time to act » (après Time to change » et « Time to rethink ») et avec un parterre élargi aux chargés de mission et aux ambassadeurs internationaux de la haute horlogerie « technique et précieuse » [une distinction chère Franco Cologni], ainsi qu’à quelques médias. Au programme, quelques guest stars comme Luc Ferry, Martin Wolf, Laurent Haug, l'Ambassadeur de Chine auprès des Nations Unies, Marc Sebba. Le modérateur de ces discussions sera André Schneider, ancien directeur général du World Economic Forum. 9 (x 10) ••• LES INFORMATIONS HORLOGÈRES (EN BREF ET EN VRAC) DONT IL SERAIT DOMMAGE DE SE PASSER... ••• BASELWORLD : prêt pour le Grand Prix de Suisse de F1 ? Le salon a pris cette année une allure de paddock, avec l’exposition de quatre F1 engagées dans le championnat. Sans parler des multiples supercars qu’on découvrait dans les stands, des dernières Lamborghini garées à portée de volant du stand Blancpain et des motos aperçues ici et là [il ne manquait que la Harley Davidson spéciale Bell & Ross]. En 2012, il faudra organiser un course de kart dans les allées... ••• LVMH : excellent bilan de départ pour Philippe Pascal, qui cédera dans quelques mois son fauteuil de la branche horlogère à Francesco Trapani (ex-CEO du groupe Bvlgari) et qui annonce une édition record pour Baselworld 2011, ainsi que des résultats annuels en hausse d’au moins 10 % par rapport à 2010 – sachant que les performances de ses marques pour le début de l’année permettront d’« effacer » les soucis que pourraient lui poser le marché japonais (où il est relativement peu exposé) et l’instabilité politique au Proche-Orient. Sa seule crainte : ne pas pouvoir livrer toutes les commandes enregistrées, faute de composants et de mouvements [la verticalisation de ses manufactures est loin d’être suffisante pour absorber la croissance sans passer sous les fourches Caudines du Swatch Group]... ••• PPR : intéressante étude de Natixis Securities à propos du groupe de la famille Pinault. Les analystes du deuxième acteur bancaire français dessinent un scénario de croissance qui verrait le groupe s’orienter d’une part vers des rachats pour le pôle Sport & Lifestyle (Quiksilver et Timberland seraient en ligne de mire) et pour le pôle Luxe (le bagagiste Tumi et l’horloger Richard Mille sont cités). On reste dans la logique d’un « plateau de haute horlogerie » à forte valeur ajoutée créative déjà largement évoqué par Business Montres, PPR pouvant parvenir d’emblée à une masse critique suffisante par la consolidation sous une même ombrelle de plusieurs manufactures indépendantes gérées par de fortes personnalités... ••• OMEGA : encore bien des malheurs pour l’horloge du compte à rebours olympique installée sur Trafalgar Square, à Londres ! On avait suivi ses pannes et ses erreurs de décompte (Business Montres du 17 mars, info n° 3) : l’explication recueillie à Bâle met en avant les importants parasitages électroniques dans un secteur de Londres très riche en antennes satellites et en contre-mesures de toutes sortes ! Hélas pour elle, cette horloge symbolique est à présent souillée par des jets de peinture liés aux manifestations de rue de ces derniers jours. Si c’était une horloge Swatch, ce dripping et ce pouring à la Pollock vaudrait une fortune... ••• MCT : alors que la marque triomphe à Baselworld (dont elle est absente) grâce à l’Opus Eleven créée par Denis Giguet, elle tangue entre Genève et Neuchâtel, où David Richards, son actionnaire, vient de déménager son siège pour mettre en place un atelier qui produira les 111 Opus Eleven pour Harry Winston. L’équipe chargée de ces Opus sera dirigée par Stephane Widmer, qui animait jusqu’ici le bureau chargé des développements et des projets chez Vaucher manufacture (groupe Parmigiani). Deux autres spécialistes de la haute horlogerie ont été recrutés (un second vient de Vaucher, le troisième de chez Greubel Forsey). MCT s’est également adjoint les services de Daniel Martinez (ex-constructeur chez CompliTime-Greubel Forsey). A terme, cette équipe sera chargée de la production de Sequential One, première montre présentée par MCT, et de la finalisation de la Sequential Two, (projet de montre ronde avec affichage séquentiel et mouvement entièrement développé en interne). Le relocalisation à Neuchâtel des horlogers qui travaillaient jusqu’ici sur la Sequential Two semble problématique, de même que le dossier du « Poinçon de Genève » souhaité pour cette montre par Denis Giguet... ••• TAG HEUER : pas facile de gérer les célébrités ! Alors que TAG Heuer mise beaucoup d’une part sur son téléphone Meridiist, d’autre part sur son ambassadeur écolo-glam-hollywoodien Leonardo DiCaprio, ce dernier vient de signer avec le téléphoniste chinois Guandong Oppo Mobile Telecommunications un fabuleux contrat promotionnel de 5 millions de dollars. La guerre entre la montre et le téléphone se trouve relancée à la force d'un seul poignet... ••• RICHARD MILLE : très fort, ce M. Mille ! Non seulement il a réussi à redonner de la crédibilité au Grand Prix de Pau « historique » (voitures anciennes : 24-15 mai), dont il avait été le parrain en 2009, mais il sera également le principal partenaire du Grand Prix de Pau, version moderne, qui se courra la semaine suivante (21-22 mai). Coup double, qui vient s'ajouter à la course Le Mans Classic (sur le circuit des Vingt-quatre Heures), dont il est également le grand partenaire horloger... ••• McGONIGLE : John et Stephen McGonigle, les deux Irlandais de la nouvelle génération horlogère, profitent de Baselworld (où ils n’étaient pas) pour lancer leur nouvelle création, Tuscar. Cette montre « manufacture » – mouvement « maison » MG01 – tire son nom d’une série d’îlots rocheux au large de l’Irlande : elle a été construite par Alberto Papi (atelier de construction Humus, à La Chaux-de-Fonds), avec un double barillet pour 90 heures de réserve de marche, un grand balancier, une roue d’échappement en or, un boîtier de 42,5 mm et un cadran totalement ajouré qui est un chef-d’œuvre de design contemporain. La haute horlogerie celtique se porte bien... ••• CHAISES MUSICALES (1) : Marc Frisanco quitte la direction juridique (propriété intellectuelle) du groupe Richemont, au sein duquel il exerçait des responsabilités depuis une vingtaine d’années. Apparemment, il ne s’agit pas d’un départ volontaire... ••• CHAISES MUSICALES (2) : Frédéric Garinaud (ex-AP Renaud Papi) a beaucoup hésité entre monter sa propre marque et vendre ses talents à une grande marque (elles étaient sur liste d’attente dans son agenda). Finalement, il a préféré rester indépendant et mettre en place Garinaud au Noirmont (Jura), un atelier de création et de développement de « complications, tourbillons, modules mécaniques, automates, stylos, accessoires horlogers et autres machines bizarres » (renseignements : + 41 789 05 94 75). Une initiative intéressante alors que les développeurs indépendants se raréfient (Chronode, Agenhor ou la Fabrique du Temps sont déjà aux limites de leur capacité)... 10) ••• LA REPRISE D’UN RYTHME ÉDITORIAL PLUS NORMAL POUR « BUSINESS MONTRES » Faute de réseaux Internet sur certaines péniches et d’une ouverture matinale pas très fonctionnelle du centre de presse (8 h 30, c’est trop tard quand les premiers rendez-vous commencent à la même heure), les éditions quotidiennes de Business Montres ont été un peu perturbées pendant le salon, les entrevues du matin ayant été calées longtemps à l’avance. Mobilisés sur place, la plupart des professionnels de la montre avaient de toute façon d’autres occupations : ils ne perdent rien pour attendre ! Beaucoup de lectures, qu'on espère bonnes, en perspective, puisque la moisson du « Franc-tireur de Baselworld » a été abondante et qu’elle sera mise en gerbe dans les semaines à venir, avec un programme chargé de nouveautés 2011. Ce n’était qu’un début, le combat continue ! MERCI POUR VOTRE ATTENTION à l’issue de ce « Zapping du mercredi ». ••• D’accord, pas d’accord ? Un commentaire, une actualité ou un complément d’information à transmettre ? Cliquez en bas de page sur le mot « GRÉGORY PONS » pour envoyer votre message par e-mail... . |
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