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| 30 avril 2011 - ENCHÈRES HORLOGÈRES MAI 2011 # 10 : Le petit oiseau du grand cochon chante-t-il faux ? | |||||||
.••• CHANGEMENT D'ADRESSE E-MAIL La précédente adresse gregpons@aol.com étant définitivement plombée et bloquée, puis détournée par des spameurs sans qu'il soit possible de prévenir nos correspondants que leur courrier n'y est plus accessible, ni même lisible, il faut maintenant écrire à l'adresse suivante : gregorypons/at/aol.com (merci d’y renvoyer le courrier resté sans réponse depuis le lundi 11 avril)... L’avantage d’un coup de projecteur, c’est qu’il attire l’attention. L’inconvénient d’attirer l’attention, c’est de prêter le flanc à la critique : on trouve toujours plus vétilleux que soi. Dans les trilles de cet oiseau chanteur, une belle querelle d’experts en perspective... 1) ••• UN OISEAU CHANTEUR DONT LE COUP DE SIFFLET RESTE EN TRAVERS DE LA GORGE DE BEAUCOUP DE COLLECTIONNEURS... Les « oiseaux chanteurs » (automates horlogers particulièrement spectaculaires) ont une telle cote auprès des amateurs qu’il semblerait très tentant d’en... ressusciter quelques-uns. Il y a quelques mois, un horloger très connu aujourd’hui [désolé, pas de nom !] nous racontait comment, dans sa jeunesse, alors qu'il était encore à l'école d'horlogerie, au début des années 1980, il lui arrivait de reconstituer de respectables oiseaux chanteurs de l’aube du XIXe siècle, signés par les plus grands maîtres, en allant chercher des plumes colorées dans les animaleries de Genève et en reconstituant les membranes de leurs sifflets avec des préservatifs ! Après d’aussi savoureux récits, on est vacciné ! ••• Récemment, Business Montres saluait l’apparition d’un oiseau chanteur exceptionnel dans le catalogue de la vente Auktionen Dr Crott du 8 mai prochain (Francfort). Ce lot n° 313 mariait en effet plusieurs complications et pouvait passer pour l’oiseau chanteur le plus compliqué jamais retrouvé (relire : « L’amateur de petits oiseaux était un gros cochon »)... ••• Un tel coup de projecteur attire forcément l’attention des lecteurs de Business Montres, qui ne sont généralement pas nés de la dernière pluie. Les vétérans des enchères et de la collection de pièces horlogères savent qu’il ne faut jamais s’emballer : il y a souvent loin de la coupe aux lèvres, et du catalogue à la réalité. Pour plusieurs « spécialistes » [désolé, pas de nom !], cet oiseau chanteur signé « Bruguier à Genève » est loin de sonner juste. Pour tout dire, il leur paraît même chanter faux ! ••• Que reproche-t-on à ce lot n° 313 ? Beaucoup de choses, et c’est cette accumulation de détails gênants qui finit par poser problème. On sait que tous les catalogues d’enchères affichent quelques lots dont on dira pudiquement qu’ils ne suscitent pas l’enthousiasme des amateurs exigeants et vétilleux. Là, cet oiseau chanteur paraît faire l’unanimité, mais son restaurateur persiste et signe, comme on le verra ci-dessous... 2) ••• DES INTERPOLATIONS QUI TÉMOIGNENT D'UN PASSÉ HISTORIQUE MOUVEMENTÉ... D’abord, les critiques, point par point, en essayant de synthétiser les points de vue, sachant que les « spécialistes » en question n’ont pas encore examiné la pièce de visu, mais que leur opinion est uniquement fondé sur les images du catalogue... • Le cadran de sa « montre » semble n’avoir rien à faire sur une pièce daté de 1820 : par son style, il paraît postérieur d’un petit siècle. Embarrassant... • La « grille » dans laquelle s’efface l’oiseau chanteur relève d’un travail de ciselage très grossier par rapport au savoir-faire déployé à l’époque sur des pièces aussi exceptionnelles. On peut vérifier la qualité de ce travail sur différents autres oiseaux chanteurs de ce même catalogue. Choquant... • Les deux marmousets forgerons (ou maréchaux-ferrants) de l’automate situé à droite de l’oiseau chanteur ne relèvent pas non plus du niveau de raffinement esthétique de la plaque émaillée centrale, ni de la qualité générale de la boîte, avec ses fleurs d’acanthe en émail champlevé. Trop frustres, ils ne sont pas esthétiquement « à la hauteur » : à la même époque (1820), on aurait attendu des personnages émaillés dans un décor plus riche. Malséant... • L’automate érotique est lui aussi dissonant par sa faible qualité d’exécution, si on la rapporte à la magnifique polychromie émaillée de l’ensemble [ce n’est pas un jugement moral, mais esthétique]. Un « bricolage » mécaniquement sympathique, mais qui « jure » cependant aux yeux des spécialistes. Inconvenant... • Pour autant qu’on puisse en juger, le sertissage des perles n’est lui non plus pas vraiment raccord avec la finesse des rinceaux de palmettes ponctuées d’émail. Gênant... 3) ••• LES CLASSIQUES TENTATIVES DE MANIPULATIONS ET DE DÉSINFORMATION D'AVANT LA VENTE... Avant de prendre l’avis du restaurateur qui a passé de longues heures sur cet oiseau chanteur et qui n’est autre que Christian Bailly, une remarque. Il est absolument classique, inévitable et même de bonne guerre de se livrer, avant une vente aux enchères, à des rumeurs de désinformation : c’est l’intox habituelle qui précède les ventes de los prestigieux, pour « » à l’avance une marchandise en espérant l’avoir au rabais ou pour décourager les amateurs. Les marchands italiens sont passés maîtres dans ces rumeurs et dans ces manipulations pour les montres-bracelets. Pour les pièces plus anciennes, les rares spécialistes ne sont pas plus tendres, surtout quand ils sont à la fois juge et partie, c’est-à-dire expert, cataloguiste, enchérisseur (délégué) et collectionneur (à titre personnel) – un haïssable mélange des genres, qui piétine la déontologie et qui nuit à la transparence du marché. Passons en jetant un voile pudique sur ces pratiques... ••• Donc, entrée en scène de Christian Bailly. Monsieur Christian Bailly, l’autorité sans doute la plus incontestable en matière d’oiseaux chanteurs (il a publié avec Sharon Bailly Les oiseaux de bonheur, éditions Antiquorum) ! C’est lui qui a restauré cet oiseau chanteur à quadruple complication, qui était en piteux état en arrivant dans son atelier. Il a réparé le couvercle qui était disjoint, rendu au mécanisme musical et à l’oiseau chanteur leur splendeur, réémaillé les parties dégradées, repoli comme il se doit ce qui le méritait, vérifié le mouvement de la montre, des marmousets et des automates érotiques, puis remis le tout en état de marche pour en refaire une « pièce de musée »... 4) ••• UNE PIÈCE INDISCUTABLEMENT « D'ORIGINE ET D'ÉPOQUE » (CHRISTIAN BAILLY)... Le jugement de Christian Bailly est sans appel : « C’est une pièce d’origine et d’époque ». Il concède cependant que le cadran et le mouvement d’horloge ont été ajoutés postérieurement (vers 1900, selon lui) et que, n’étant que le troisième restaurateur d’une telle « tabatière » [nom générique pour ce genre de pièces], il a bien tenté de la restaurer dans son état d’origine, sachant que cet état avait pu varier en deux siècles. Exemples cités par Christian Bailly, qui admet que c’est bien l’oiseau chanteur le plus compliqué qui lui soit jamais passé entre les mains [et c’est probablement lui qui en a le plus vu passer en Suisse] : • La date de 1820 avancée par le catalogue n’engage que l’auctioneer, pas le restaurateur qui aurait personnellement estimé cette « C. Brugier à Genève » n° 28 postérieure, plutôt vers 1840... • L’automate érotique et l’automate maréchal-ferrant pourraient, eux aussi, être postérieurs à l’oiseau chanteur d'une ou deux décennies : ils auraient été ajoutés par la suite, mais ils sont « authentiques » et parfaitement en phase avec les « scènes animées » de l’époque du boîtier et de l’oiseau [Christian Bailly estime avoir restauré les marmousets forgerons dans l'esprit de la boîte en les connectant à la musique plutôt qu’à l’oiseau chanteur]... • La tête d’un des marmousets dû être refaite, dans le goût du « survivant » et dans le respect des codes esthétiques de l'époque et de l’ensemble de la pièce... • La « grille » où vient se loger l’oiseau chanteur n’est sans doute pas d’origine : l’oiseau était très dégradé et la grille originale manquait à l’arrivée de cette pièce dans son atelier. Dans de tels cas, la restauration relève de la reconstruction plutôt que de la simple réparation. Le tout est de ne pas rompre le charme d’un objet historique tout en lui redonnant vie pour le plaisir de ses utilisateurs contemporains. • Il est probable que le dispositif musical, indépendant de l’oiseau chanteur, est lui aussi un ajout ultérieur. Il n’était pas illégitime de le réparer en l’intégrant mieux aux autres complications, dans l’esprit de ceux qui avaient autrefois commandé et « enrichi » une telle pièce. • Certaines perles, perdues au fil de l’histoire, ont dû être remplacées, toujours dans le respect des méthodes de travail originelles et des techniques de l'époque... 5) ••• UNE RESTAURATION TELLE QU'ELLE EST OU TELLE QU'ELLE DEVRAIT ÊTRE ? Bref, deux logiques s’affrontent : celle de la restauration dans l’esprit de l’objet tel qu’il nous est parvenu, avec les strates, les ajouts et les interpolations de son histoire propre. Et la logique de conservation idéaliste – pour ne pas dire intégriste – d’un objet tel qu’il a été pensé par son créateur initial, ou, du moins, tel qu’on imagine qu’il est supposé avoir été créé. Le restaurateur répare l’objet tel qu’il est. L’amateur le préfère souvent tel qu’il devrait être. Vieux débat entre Corneille et Racine, arbitré naguère La Bruyère. Impossible de le trancher ici... ••• Alors, « monstre chanteur » ou « oiseau de paradis » ? On a vite l’impression que ce lot n° 313 relève d’un « remontage » plus ou moins légitime [où placer le curseur de cette légitimité ?] par rapport au travail initial de Charles Brugier, dont rien ne nous permet de penser qu’il n’a pas mis la main à la pâte pour certains compléments. Un rendu final sur la base de « scènes animées » ajoutées postérieurement, de même que le mécanisme musical ou le mécanisme horloger : on trouve d'ailleurs, dans ce même catalogue, un lot n° 90 qui est un « jumeau » très troublant de l'automate érotique de l'oiseau chanteur (et qui est daté de 1850). Complications supplémentaires qui n’avaient pas forcément été bien « assorties » en leur temps, mais qui, additionnées, multiplient le charme et l’étrangeté de cette pièce hors du commun – dont il est normal qu’elle provoque aujourd'hui des réactions hors du commun... ENCHÈRES HORLOGÈRES MAI 2011 ••• # 00 « Une horloge-chaudière qui ressemble à une machine à café » (Business Montres du 9 avril)... ••• # 01 « Christie’s place la barre très très haut » (Business Montres du 13 avril)... ••• # 02 « Le mystère de la “Daytona 13“ proposée par Sotheby’s » (Business Montres du 14 avril)... ••• # 03 « La première Rolex à atteindre le million de dollars ? » (Business Montres du 15 avril)... ••• # 04 « Les Zenith pré-Nataf sont-elles des futures icônes (Sotheby’s) ? » (Business Montres du 16 avril)... ••• # 05 « L’amateur de petits oiseau était un gros cochon » (Business Montres du 18 avril)... ••• # 06 « Les 36 Daytona du catalogue Sotheby’s » (Business Montres du 21 avril)... ••• # 07 « La petite histoire de la “montre de carrosse“ Breguet (Antiquorum) » (Business Montres du 26 avril)... ••• # 08 « Bon ou mauvais signe, les 60 Daytona des ventes de mai ? » (Business Montres du 28 avril)... ••• # 09 « La pendule à éconduire les raseurs (Auktionen Dr Crott) » (Business Montres du 29 avril)... ••• # 10 « Le petit oiseau chante-t-il faux ? » (Business Montres du 30 avril)... ••• Et toutes les autres informations sur les enchères du printemps, à retrouver dans les pages et les rubriques régulières de votre Quotidien des Montres... MERCI POUR VOTRE ATTENTION à l’issue de cette séquence « Enchères mai 2011 » # 10. ••• D’accord, pas d’accord ? Un commentaire, une actualité ou un complément d’information à transmettre ? Cliquez en bas de page sur le mot « GRÉGORY PONS » pour envoyer votre message par e-mail... . |
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