La lettre internationale des marchés horlogers
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10 mai 2011 - LES BONNES QUESTIONS DU MARDI : Huit points d’interrogation pour en savoir plus sur l’actualité des montres et des marques
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Un fromage
sans corbeau,
mais pas sans renards,
les Jedi qui affûtent
leur sabre Rolex
et des nouveaux jurés
pour mettre un point
sur le « i »
du Grand Prix
d’Horlogerie
de Genève :
ca se passe comme ça
dans le village horloger !





1)
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RENDRE
UN DERNIER HOMMAGE À GABRIEL TORTELLA ?

Tous les amis – et ils sont nombreux – de Gabriel Tortella pourront lui rendre un dernier hommage
ce mardi (10 mai), à 17 h, au cours d’une cérémonie religieuse à sa mémoire (église Saint-Joseph de Genève, dans le quartier des Eaux-Vives, 1, rue Petit-Senn ; tel : + 41 22 737 49 60). Ceux qui ne pourraient être présents à cet office, et qui souhaiteraient se recueillir pour honorer sa mémoire, peuvent également se rendre dans le salon funéraire privé qui lui est consacré, à la Chapelle de la Cluse, à Genève (89, boulevard de la Cluse, face à l’Hôpital Cantonal ; renseignements : + 41 22 809 56 00)...


2)
•••
POURQUOI LA PRESSE ALÉMANIQUE SUISSE
S’EXCITE-T-ELLE AINSI SUR LA NOUVELLE DIRECTION DE ROLEX ?

Les changements à la direction de Rolex (plutôt logiques une fois bien décodés : Business Montres du 4 mai)
continuent à beaucoup intriguer la presse alémanique suisse, qui semble déboussolée par l’éviction de Bruno Meier (Suisse alémanique de Lucerne, peu porté sur la francophonie) au profit de l’Italien Gian Riccardo Marini. La NZZ am Sonntag s’inquiétait ainsi d’autres changements à la direction de la manufacture, comme le départ récent de Christophe Bally (directeur de ressources humaines) ou d’un autre Suisse alémanique Martin Görg (ex-CFO, recruté par le groupe bancaire singapourien DBS) : c'était le bras droit de Bruno Meier. Son départ, il y a quelques mois, avait laissé entrevoir un possible et prochain remplacement de Bruno Meier – dont on pouvait constater qu’il n’avait pas su se créer des « réseaux » d’affinités ou d’obligés dans les étages de la maison. De là à considérer qu’il y a une tempête sous la couronne...
••• Disons franchement que Rolex ici subit la malédiction des marques qui refusent de façon ontologique – et presque psychophobique – la transparence : faute de mieux, la moindre parole tombée de l’immeuble en verre vert de Genève est passée au scanner par les rolexologues plus ou moins avertis, et souvent déformée ou interprétée de façon paranoïaque ! Naturelle ailleurs, la fermeté managériale et la rapidité de décision passent ici pour de la brutalité et de la nervosité. Imaginer nerveuse une maison comme Rolex, qui pratique volontairement l’hypotension souveraine, il fallait y penser : si une marque a toujours su « donner du temps au temps » en un siècle d’histoire, c’est bien Rolex ! Allons, allons, messieurs de la NZZ : on n’est pas du tout obligé de parler le schwyzerdütsch pour bien gérer une entreprise en charge de 9 000 âmes à travers le monde...
••• Simplement, comme l’a écrit Business Montres, la maison Rolex devait absolument profiter du vent de la reprise commerciale pour regonfler ses voiles – même si on frôle, en Asie, la « bulle du shopping ». Dans ce contexte, Bruno Meier n’avait plus le profil, ni le bon logiciel mental, ni sans doute la réactivité personnelle ou l’agilité psychologique pour opérer une mutation rapide entre un système traditionnel de distribution (marque/filiale/agent ou détaillant) et la nouvelle géométrie du luxe horloger, qui donne la priorité aux boutiques propres (sans agent ou détaillant capable de faire écran entre le marché et la marque). C’est ce retard à l’allumage dans le redéploiement sur le terrain qui aura coûté à Rolex quelques points de moins que le reste de la profession dans les résultats de croissance annuelle. Cette mutation ratée aura placé sur un siège éjectable le malheureux Bruno Meier, qui n'a rien vu venir !
••• Rolex s’offre ainsi, d’un même élan, un binôme de terrain ultra-professionnel (l’attelage de pointe Marini-Neidhart) : nominations qui démontrent parfaitement à quel point cette priorité commerciale était urgentissime. Rien de tel qu’un retour aux racines de l’esprit maison pour repartir du bon pied : dans cette maison, on est là pour faire briller la couronne, pas pour briller en se la posant sur la tête ! Dans leur vigilante et machiavélienne bonté, les administrateurs de la Fondation Wilsdorf ont jugé utile de placer, à côté d’un « jeune » comme Daniel Neidhart (49 ans), un respectable et très respecté « ancien » comme Gian Riccardo Marini (64 ans), totalement imprégné de la culture et des valeurs Rolex. On peut parier que – sauf accident « industriel – l’un et l’autre sont là pour un bon moment, le Grand Maître Jedi étant probablement voué à s’effacer au profit de son padawan dès que ce dernier saura maîtriser la Force (y compris son côté obscur). Pour ce qui est de manier le sabre laser, ce padawan est à bonne école en Chine...


3)
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COMBIEN VAUT
UN OISEAU CHANTEUR AUX TRILLES INCERTAINES ?

Selon le catalogue Auktionen Dr Crott : 400 000-700 000 euros estimés pour ce n° 313.
Dès le 18 avril, Business Montres avait salué l’apparition de cet oiseau chanteur exceptionnel, puis attiré l’attention sur quelques-unes de ses fausses notes, en donnant la parole à celui qui l’avait restauré (30 avril). Apparemment, les amateurs ont perçu le trouble et la pièce n’a été poussée qu’à 300 000 euros sous le marteau – un prix trop bas si la pièce est authentique, mais trop haut si elle est bidouillée. Peut-être qu’un amateur plus avisé que les autres a fait la bonne affaire du week-end...


4)
•••
QUOI PENSER DE LA PREMIÈRE PLACE
D’APPLE DANS LE CLASSEMENT INTERNATIONAL « BRAND Z TP 110 » ?

Souvenir de l’arrivée des premiers Macintosh en France (1984) :
hurlements de rires des professionnels de l’information, qui ne juraient que par IBM et qui se moquaient de ces « jouets » pour adolescents attardés. Un « Mac » valait à l’époque le prix d’une petite voiture et avait la puissance d’un moustique face aux éléphants du soft et du hardware. En 2011, Apple est devenue la marque internationale la plus valorisée, IBM est à présent une marche chinoise, les PC sont ringards et Microsoft ne se porte plus très bien. Moralité ? On peut tenter un parallèle avec l’horlogerie, qui a connu dans les années 2000 une « révolution » comparable à celle de la micro-informatique dans les années 1980 : ceux qui font des « jouets » aujourd’hui et dont il est bien-pensant de se moquer sont peut-être les Apple de demain...
••• Précision utile : l’auteur de ces lignes a acheté son premier Macintosh en 1984 et n’a jamais acheté autre chose que des Macintosh depuis cette date – même à l’époque où les groupes de presse exigeaient de leurs collaborateurs qu’ils travaillent sur des PC avec des d’innommables windowseries, obsolètes mais très rémunératrices pour les « managers système » qui les imposaient. Think Different !


5)
••• ET, À PART APPLE,
COMMENT SE PRÉSENTE CE CLASSEMENT « BRANDZ WPP » ?
Il faut le lire en détail et le méditer (étude intégrale)
avant d’en évaluer l’impact sur les industries du luxe en général, et de l’horlogerie européenne en particulier. Il s’agit bien de la valeur globale des marques de ce Top 100 (évaluation finanière globale + opinion des consommateurs), pas de leur valorisation économique en termes d’entreprise physique :
Classement des marques de luxe (dans l’ordre du Top 10) : Louis Vuitton, Hermès, Gucci, Chanel, Cartier, Rolex, Hennessy, Moët & Chandon, Fendi, Burberry. Soit un maximum de marques impliquées dans l’horlogerie, mais Rolex reste le seul pure player du classement...
Pas une marque de luxe dans les entrants de ce Top 100 : la prime à la « longue mémoire » est évidente. Il faut longtemps pour créer une grande marque de luxe (Louis Vuitton, Hermès, Chanel), même si quelques décennies, sinon quelques années (Google) suffisent à s’imposer grâce à la place des nouvelles technologies dans notre quotidien. Aux « anciennes », le plaisir. Aux nouveaux venus, la fonctionnalité – sachant que les marques de luxe sont devenues hyper-dépendantes de ces nouvelles technologies pour leur survie (réseaux sociaux et autres)...
Les marques de luxe voient leur valorisation croître encore plus vite que les autres (19 % en moyenne) et elles profitent des marchés émergents quand elles sont puissantes (Louis Vuitton, Hermès, Chanel, Rolex et Guicci sont dans les quinze premières marques « émotionnelles »)...
Une marque sur cinq dans ce Top 100 n’est plus une marque « occidentale » et provient d’un des pays de la zone BRIC. Ce qui ne veut pas dire que les marques de luxe « occidentales » n’ont pas toutes leurs chances dans cette zone BRIC, au contraire...
Encore faut-il rester référent en Europe : Louis Vuitton est la seule marque de luxe proche de l’univers horloger à figurer dans le Top 10 européen. Et Louis Vuitton n’est jamais qu’au 26e rang pour le classement général de ce Top 100 (Hermès : 71e place, avec tout de même une progression de 41 % de sa valeur)...


6)
•••
COMMENT DÉCODER
LA NOUVELLE CODEX IDENTITY ?

Codex affine son identité stylistique avec sa nouvelle Identity,
revue et corrigée, affinée même, avec de nouvelles finitions (alternance de poli et de satiné) et une ligne plus apaisée dans des volumes inchangés (boîtier acier de 44 mm et mouvement ETA 6498 à remontage manuel). Joli travail sur le cadran multi-niveaux (noir, rhodié ou argent), dont on peut vérifier qu’il n’est pas avare en allusions au « X » de la marque : 17 fois « X » apparents sur le boîtier, le cadran et le bracelet (25 si on compte les vis spéciales) ! Ce n’est plus du subliminal, c’est du carpet bombing typographique... La collection Identity (image ci-dessus : la proposition de base) se décline en versions plus horlogères (calibre Venus 203 jour-date et phases de lune), en chronographe (Valjoux 7750 phases de lune) et même en version Lady Moonphase sertie (acier ou or rose, diamants noirs ou blancs)...


7)
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QUEL EST LE PLUS GRAND
BIENFAITEUR FROMAGER DE L’HUMANITÉ ?

On le découvre dans la nouvelle notice Wikipedia de Jean-Claude Biver,
où est dévoilée sa vie, son œuvre, ses distinctions et... son fromage : « Chaque année, Jean-Claude Biver produit environ cinq tonnes de fromage dans sa ferme des Alpes suisses. La fabrication du fromage a lieu pendant quelques semaines seulement au cours de l'été, lorsque les prairies alpines sont en fleurs car cela donne “au lait et donc au fromage, un goût fleuri“. En raison de l'exclusivité de son fromage, Biver refuse tout paiement et il l'offre aux membres de sa famille et à ses amis, ainsi qu'à des restaurants de son choix tels que le Restaurant de l'Hôtel de Ville à Crissier (CH), dirigé par le célèbre chef trois étoiles, Philippe Rochat. Le fait de refuser tout paiement pour son fromage permet à Jean-Claude Biver de rester totalement maître de sa distribution, comme il aime à l'expliquer : “Je contrôle le processus de fabrication et de distribution de mon fromage du début à la fin“... »
••• Cinq tonnes par an : un rapide calcul mental pour vérifier qu'il se distribue gratuitement chaque jour, dans le monde, 13,5 kg de fromage d’alpage griffé Jean-Claude Biver. C’est bien lui le philanthrope fromager du siècle...


8 (x 8)
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QUELLES AUTRES NOUVELLES
EN PROVENANCE DU FRONT DES MONTRES ET DES MARQUES ?


••• BREITLING : annulation du vol d’Yves Rossy – le « Breitling JetMan » au-dessus du Grand Canyon du Colorado (Etats-Unis). Trop de difficultés bureaucratiques dans la certification locale de son aile !

••• GRAND PRIX D’HORLOGERIE DE GENÈVE (1) : toujours pas de nouvelles de la Fondation annoncée, ni d’ailleurs de l’helvétisation de l’actuel trophée Made in China, mais on peut déjà envoyer les dossiers de candidature pour le GPHG 2011, annoncé pour le samedi 19 novembre prochain (renseignements : GPHG)...

••• GRAND PRIX D’HORLOGERIE DE GENÈVE (2) : quelques menus changements dans la liste des prix, avec la dilution des montres « conceptuelles » dans les montres « design » [catégorisation unique absurde pour deux familles différentes] et la confusion des montres « joaillerie » et des montres « métiers d’art » [il est tout aussi absurde de mélanger diamants et émaux !]. L’explosion de ces « métiers d’art » dans les collections horlogères aurait mérité un prix à part entière. Un prix spécial « Poinçon de Genève » sera décerné par la Fondation qui gère ce label pour récompenser la montre poinçonnée « la plus représentative de l’excellence genevoise » : autant dire – sans faire de mauvais esprit – qu’il ira avec une quasi-certitude à une marque du groupe Richemont...
Une lacune pour cette édition du GPHG : il continue à y manquer des prix qui échappent à la pression des marques, comme le prix du meilleur horloger-concepteur. On aimerait ainsi un prix du meilleur photographe horloger ou un prix du meilleur concept publicitaire...

••• GRAND PRIX D’HORLOGERIE DE GENÈVE (3) : on ne peut, en revanche, que se féliciter de la nouvelle composition du jury, nettement plus équilibrée entre « Anciens » et « Modernes », ainsi que du commissariat confié à Patrick König (Embassy, Lucerne) – ce qui nous changera des flottements précédents. Parmi les nouveaux membres, tous connus pour leur indépendance d’esprit et leur capacité naturelle de résistance aux « influences » : nos amis Rony Abi Nakhlé (Liban), Abdul Hamid Seddiqi (Dubai), John Simonian (Los Angeles) et Michael Tay (Singapour). Et, bien sûr, en tant que lauréats 2010 de l’Aiguille d’or (mais sans droit de vote) : Robert Greubel et Stephen Forsey (Greubel Forsey). La compétition s’annonce donc plus équilibrée – et donc plus imprévisible...

••• GRAND PRIX D’HORLOGERIE DE GENÈVE (4) : une pensée pour les piliers de ce GPHG qui ne verront pas l’édition 2011 – Gabriel Tortella, qui était le fondateur du Grand Prix, et Eugenio Zigliotto, qui était la mémoire du jury et le dernier témoin de sa composition initiale. Sans eux, cette grande fête de la « famille » ne serait pas ce qu’elle est devenue... Un dernier regret : le sourire et l'urbanité de Pierre Jacques (parti chez De Bethune) vont nous manquer !

••• MÉDIAS SOCIAUX : avec ou sans rapport avec l’interview de David Sadigh (DLG) dans Business Montres (9 mai), ça recrute beaucoup pour les médias sociaux horlogers ! Chez Audemars Piguet comme chez Svarowski...

••• SCIENCES DU TEMPS : un lien amusant pour les amateurs d’intruments scientifiques anciens, de la machine d’Anticythère au pendule de Foucault, en passant par le méridien zéro de Greenwich et la lunette de Galilée, avec des liens vers les principaux musées scientifiques d’Europe (Instruments mathématiques anciens)...

••• « SWATCHGATE » : le dossier judiciaire – « corruption » supposée par appel d’offres truqué pour le chronométrage officiel des jeux du Commonweath – est de plus en plus parasité par des considérations politiques locales, l’opposition accusant les dirigeants du Congrès (parti au pouvoir) d’avoir profité de cet argent sale. Et l’affaire risque d’autant moins de retomber que les enquêteurs du CBI indien vont maintenant élargir leurs investigations à six autres membres du Comité d’organisation, accusés d’avoir « magouillé » dans les produits dérivés de ces Jeux...











MERCI POUR VOTRE ATTENTION
à l’issue de ces « Bonnes questions du mardi ».

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