![]() |
|||||||
| 5 novembre 2007 - .... (PRESSE) : CITIZEN B (ARNAULT CONTRE "LES ECHOS").... | |||||||
.C'est donc fait : Bernard Arnault (LVMH) sera le nouveau propriétaire des Echos. Ce qui pose tout de même un certain nombre de questions... Dès cet été, Business Montres s'étonnait de la querelle faite à Bernard Arnault, qui avait déposé une offre de rachat du quotidien Les Echos (voir sur ce site nos informations du 25 juillet et, dans la newsletter, l'éditorial du 21 septembre). Je n'ai rien à changer à ce que j'ai pu écrire. Je maintiens que Bernard Arnault et le groupe Pearson étaient les seuls à pouvoir légitimement négocier une cession des Echos, le premier comme investisseur avec son propre argent, le second comme propriétaire. Ce sera donc fait, moyennant 240 millions d'euros, ce qui reste une bonne affaire compte tenu de la référence que représente Les Echos sur le marché de la presse économique européenne. Voici donc Bernard Arnault en Citizen B (B pour Bernard) et nouveau tycoon de la presse française, industrie dans laquelle il n'a guère de légitimité, mais on sait qu'il apprend vite... Je n'ai rien non plus à changer à ce que j'ai pu écrire sur le culot d'un soviet de rédacteurs théoriquement acquis aux principes de la libre entreprise et de la concurrence, mais sauvagement réactifs dès qu'il s'agit de préserver leurs avantages acquis et leurs rentes de situation. Je conseillais d'ailleurs à ces rédacteurs en guerre contre Bernard Arnault la création d'un titre économique "indépendant" (sur le modèle de Business Montres), puisqu'ils étaient soucieux de déontologie et de liberté d'information... Aujourd'hui, Les Echos sont en grève, comme une vulgaire entreprise dont les travailleurs sont excédés par la rapacité capitaliste. La réaction est surprenante... En quoi une grève sert-elle l'indépendance rédactionnelle d'un titre et la liberté d'informer ses lecteurs – pour le coup privés de toute information ? A quoi bon "pourrir" une situation dont les salariés – qui ne sont ni actionnaires, ni investisseurs – ne peuvent de toute façon pas sortir vainqueurs ? Ne pas faire paraître le quotidien revient à pénaliser l'entreprise en même temps que ses lecteurs : on déprécie la valeur de l'outil aux yeux de son public tout en plombant ses comptes. Voilà qui fait réfléchir sur la pertinence des analyses économiques habituelles de rédacteurs ainsi fâchés avec la logique des affaires... Et, surtout, pourquoi ne pas poser les vraies questions soulevées par ce rachat des Echos ? BUSINESS MONTRES & JOAILLERIE S'il n'est pas le diable, Bernard Arnault règne tout de même sur un groupe fort d'une cinquantaine de marques de luxe. La rentabilité des Echos est assise sur les revenus publicitaires du quotidien, mais surtout sur les produits dérivés, notamment le supplément luxe Série limitée – dont j'ai déjà souligné sur ce site et dans Business Montres l'hyper-dépendance vis-à-vis des annonceurs. On ne voit pas pourquoi la situation changerait, sinon en s'aggravant ! Ceux qui étaient sous perfusion publicitaire hier – et qui défendaient hypocritement leur liberté d'écriture – le seront encore plus demain... Ce qui est en cause, c'est la crédibilité même d'une source d'informations ainsi captive d'intérêts commerciaux. C'est la pertinence même de l'actuel modèle économique de la presse magazine, qui a choisi de se vendre à ses annonceurs plutôt qu'à ses lecteurs. C'est, au-delà du cas précis et caricatural des Echos (mauvaise conscience et vrais privilèges personnels), l'ensemble des relations journalistes-annonceurs qui est à rebâtir, sous peine de voir les lecteurs se contenter de ce qu'ils trouvent en ligne, notamment sur les blogs et les forums, pour combler leur demande d'informations indépendantes des marques. Dans leur approche de l'information tant économique que socio-culturelle, Les Echos n'étaient pas irréprochables. On peut douter qu'ils le soient davantage Bernard Arnault regnante. On peut même imaginer que certains voudront se faire pardonner et qu'ils en rajouteront dans la complaisance pour ne pas risquer de déplaire en haut lieu. Je dirais à la fois tant pis et tant mieux. Tant pis pour ceux qui avaient encore l'illusion de croire que des annonceurs de luxe – industrie qui repose essentiellement sur la manipulation des messages (ceci n'est qu'un constat, pas un jugement critique) – sont des coeurs tendres et de naïfs philanthropes, capables de tolérer une liberté de ton dont ils financeraient les espaces rédactionnels... Tant mieux pour les lecteurs clairvoyants, qui sauront désormais d'où souffle le vent dominant des pages qu'ils lisent et des analyses qui leur sont proposées. A ces lecteurs attentifs et exigeants de juger, en toute liberté, qui informe et qui désinforme, qui abuse de la brosse à reluire et qui ne se contente pas de copier-coller les dossiers de presse. A eux de choisir entre l'information et la communication. Tout ceci et également valable dans le domaine de l'information horlogère ! Aux lecteurs d'arbitrer entre les différentes sources dont ils disposent : la presse écrite (les revues spécialisées et les pages dédiées de la presse magazine), Internet (les blogs, les forums et les portails), la presse audiovisuelle (encore assez limitée), la communication multi-médias des marques, l'expertise des réseaux de distribution. Aux consommateurs-experts de prouver leur discernement et d'optimiser leur dépense d'information en allouant le maximum de ressources aux médias qui le méritent... C'est là qu'on va découvrir que les vraies, les fortes, les bonnes informations ont un coût plus élevé que la junk food proposée à nos cerveaux par les publicitaires, mais que ce prix à payer est finalement un investissement dans l'intelligence et dans la qualité de vie... ... |
|||||||
| L'éditorial du 21 septembre sur l'affaire Arnault-Les Echos : cliquez ici... | |||||||
| Business Montres & Joaillerie, la lettre internationale des marchés horlogers. 4, rue René-Jacques 92130 Issy-les-Moulineaux France. Tél : +33 611 936 369. Direction de la publication et responsable de la rédaction : Grégory Pons |