La lettre internationale des marchés horlogers
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5 avril 2008 - MÉCANIQUES DIGITALES : l’art de se faire piquer une belle idée
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Le choc créé par la montre
de Grisogono Meccanico DG
a réveillé plusieurs créateurs horlogers,
qui pensaient être les seuls à rêver des mécaniques digitales…




Le designer Marc Alfiéri – sa Time Machine Experience était une révélation de Business Montres du 9 février 2007 – ne décolère pas : alors que sa TME 01 arrive (enfin !) dans les vitrines, il travaillait sans relâche sur sa TME 02 et il était très fier de son concept digital quand il a découvert, sur Worldtempus, les premières images de la Meccanico DG lancée cette année par de Grisogono.
On lui avait « volé » son idée, pourtant dans les tuyaux depuis 2006… Au regard de l’image ci-contre, ce n’est d’ailleurs pas évident !

La même mésaventure est arrivée à deux autres créateurs, quand ils ont eux aussi réalisé qu’ils travaillaient sur des idées, des affichages ou des mécanismes proches de cette Meccanico à double affichage analogique-digital, mais aussi de la nouvelle (et superbe) Harry Winston Opus 8 (création Audemars Piguet Renaud Papi) ou de la tout aussi extraordinaire montre présentée par la nouvelle Manufacture contemporaine du temps (Denis Giguet).

Du coup, tout le monde fouille dans son catalogue de brevets et vérifie que tel ou tel n’a pas été inspiré par un dessin technique ou une idée mécanique déjà publiée…

Les bonnes idées horlogères n’appartiennent à personne et, sauf cas de plagiat manifeste, il est finalement assez logique que les « grands esprits » horlogers se rencontrent. L’affichage digital (heures et minutes indiquées par des chiffres) est dans l’air depuis le XVIIIe siècle : ce n’est donc pas une nouveauté de l’année, même si on note, depuis plusieurs saisons, un vif intérêt des constructeurs pour ces mécaniques très complexes.

D’autres projets méca-digitaux sont dans les tuyaux pour cette fin d’année et pour les salons 2009.
Ce pourrait même être une des tendances fortes du printemps prochain, y compris chez des maisons de premier plan comme Cartier. On sait qu’une manufacture de complications comme Christophe Claret travaille activement la technique de l’affichage digital par « rouleau » et on voit se multiplier, à la place des classiques compteurs avec aiguille centrale, de nombreuses affichages secondaires par des disques rotatifs sous repère fixe.
Sans parler, bien sûr, des indicateurs « cylindriques » de concepts comme la Cabestan de Jean-François Ruchonnet ou le tourbillon vertical de la Concord C1.
Il semblerait aussi que l’équipe d’Audemars Piguet Renaud Papi (Giulio Papi) ait été mandatée par Harry Winston pour mettre enfin au point l’Opus 3, conçue en 2003 par Vianney Halter, mais jamais terminée et encore moins livrée depuis cette date en raison de la complexité de sa mise au point.
Plus qu’une tendance émergente, c’est presque une déferlante !

Moralité : le temps presse, surtout pour les nouveaux concepts horlogers. Les jeunes constructeurs ne peuvent plus se permettre de traîner pour mettre au point leurs machines révolutionnaires.
En terre horlogère, chacun est à l’affût des bonnes idées, qui naissent souvent sur une nappe de restaurant ou dans une salle d’attente d’aéroport. Ne plus attendre, aller plus vite que le marché, prendre des risques : avec les outils informatiques, on peut aujourd’hui créer une « concept watch » en quelques mois, sans même passer par la case brevet, qui retarde inutilement le cours des opérations.
Cette volatilité des concepts les plus prometteurs condamne d’ailleurs les innovateurs à se lancer directement dans l’aventure : ce n’est pas en faisant circuler un dossier de projets de manufacture en manufacture qu’on protège intelligemment ses créations, surtout quand on sait à quel point ces manufactures installées manquent d’imagination et sont avides de nouvelles talking pieces…


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Direction de la publication et responsable de la rédaction : Grégory Pons