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| 7 avril 2008 - ANTIQUORUM : Le triomphe d’Osvaldo Patrizzi | |||||||
.Adjugé, vendu ! Après neuf mois d’un conflit riche en épisodes juridico-financiers, Osvaldo Patrizzi peut savourer sa victoire : il a contraint à une démission anticipée (et inopinée) Yo « John » Tsukahara, qui lui avait succédé à la direction d’Antiquorum. Business Montres avait raison, avec cinq mois d’avance ! L’actuel président d’Antiquorum, Jo « John » Tsukahara, vient de remettre sa démission du board d’Artist House Holdings, ce qui implique de facto sa démission de sa présidence d’Antiquorum – où il devrait néanmoins assurer les affaires courantes jusqu’à la nomination d’un nouveau président. A moins que les actionnaires japonais n’aient enfin trouvé le racheteur d’Antiquorum qu’ils cherchent depuis plusieurs mois. Parallèlement, Evan Zimmermann, qui avait été un des « bourreaux » d’Osvaldo Patrizzi, était lui aussi démissionné de son poste de COO d’Antiquorum SA, ce qui démontre assez bien que Tokyo a « lâché » Yo Tsukahara et son équipe. Le management d’Antiquorum Genève était de toute façon réduit au strict minimum après les départs (volontaires ou provoqués) des principaux cadres de l’entreprise, dont le directeur financier, David Smith, la directrice marketing (Karin Tasso) et le principal expert horloger (Brandon Thomas), ainsi que son second (Alessandro Zanetta)… On a également appris que la directrice du bureau d'Antiquorum à Hong Kong, Peonuy Ku, avait donné sa démission, alors que d'autres cadres genevois, notamment l'équipe Internet, étaient congédiés... Soit neuf personnes sur une équipe qui n'en comptait qu'une douzaine ! C’est aujourd’hui qu’Osvaldo Patrizzi doit officiellement annoncer le lancement de sa nouvelle entreprise, Patrizzi & Co Auctioneers, dont il dévoilera sans doute les nouveaux actionnaires. Le concept innovant de cette nouvelle maison de ventes aux enchères horlogères repose(rait) sur un cocktail de nouvelles techniques de vente et de nouvelles technologies, grâce auquelles l’acheteur devrait se trouver exonéré des frais d’adjudication qui pèsent aujourd’hui sur la facture qu’il acquitte (généralement de 20 % à 30 % de la somme annoncée sous le marteau). La profitabilité de cette nouvelle formule sera(it) assurée par une formule originale : « Des ventes plus fréquentes et des acheteurs plus motivés ». Soit, d’une part, une rotation accélérée des ventes (les nouvelles technologies fluidifiant la communication des ventes ordinaires, les catalogues étant réservés aux ventes exceptionnelles) et, d’autre part, des collectionneurs tentés d’aller plus loin dans la dépense pour des ventes apparemment à « prix coûtant ». BUSINESS MONTRES & JOAILLERIE L’affaire Antiquorum est d’une grande complexité. Rappelons-en quelques épisodes. Révélée en exclusivité mondiale par Business Montres dès le 10 août 2007, le limogeage d’Osvaldo Patrizzi avait fait l’effet d’une bombe au cours des semaines suivantes. L’industrie horlogère – dont les marques vivent largement de la réputation qu’elles acquièrent aux enchères – s’est trouvée ébranlée par une cascade de péripéties judiciaires et de réglements de compte financiers qui mettaient à la fois en cause l’honorabilité d’Osvaldo Patrizzi, la solvabilité d’Artist House Holdings (société japonaise devenue propriétaire d’Antiquorum), la brutalité de la nouvelle équipe dirigeante et l’honnêteté des ventes aux enchères horlogères en général (on se souvient ici d’un article à scandale dans le Wall Street Journal, dont ce n’est pourtant pas le genre). Les rumeurs sont allées bon train, alors que certains ventes, prévues pour 2008, étaient annulées et que de nombreux clients d’Antiquorum (notamment les vendeurs) se plaignaient de ne pas rentrer dans leurs fonds. Plus récemment, dans une lettre à ses employés, alors même que le chiffre d’affaires d’Antiquorum n’avait cessé de chuter depuis le départ d’Osvaldo Patrizzi, le nouveau président d’Antiquorum, Yo « John » Tsukahara plastronnait en mettant en avant les profits réalisés malgré des résultats commerciaux médiocres. Il profitait d’ailleurs de cette lettre interne pour réaffirmer son intention de rester aux commandes de l’entreprise. Ce qui n’empêchait une série de purges et de démissions au sein même de son équipe : plus de neuf personnes ont quitté Antiquorum au cours de ces dernières semaines, dont le directeur financier (celui-là même qui avait été chargé de débusquer les « malversations » d’Osvaldo Patrizzi), l’expert horloger et la directrice du marketing. Autant dire que l’équipe d’Antiquorum post-Patrizzi était décapitée et la maison d’enchères livrée comme un bateau démâté aux vents mauvais de rumeurs qui ont achevé de ruiner la confiance des collectionneurs et enchérisseurs qui n’avaient pas encore fui. Sur ces entrefaites, Osvaldo Patrizzi, qui s’était tu depuis le début 2008 pour mieux préparer son retour, annonçait ces jours-ci le lancement d’une nouvelle maison d’enchères horlogères, Patrizzi & Co Auctioneers et il conviait les journalistes à une conférence de presse d’explication de sa démarche. Pour pimenter un peu cette conférence de presse, Business Montres ne résiste pas au plaisir de publier la lettre de démission présentée hier par Yo Tsukahara à ses actionnaires d’Artist House Holdings. Elle est très explicite : « I have decided to resign from the board of Artist House » ! Lettre que la société, cotée, a dû publier sur son site : on y trouve d’ailleurs la confirmation d’une recapitalisation substantielle d’Artist House Holdings, ce qui confirme les analyses précédentes de Business Montres sur la situation désastreuse d’Artist House, qui n’avait non seulement pas les moyens de s’offrir Antiquorum, mais qui était au contraire bien décidée à se « payer sur la bête »… Lettre qui avait déjà été plus ou moins exigée de Yo Tsukahara par ces actionnaires et rédigée par lui en novembre dernier (Business Montres maintient son information), mais qui n’avait pas été publiée. Yo Tsukahara avait sauvé sa tête (on dit « sauver la face » en Asie) pour un an au prix de manœuvres byzantines au sein de l’état-major d’Antiquorum. Il n’aura fallu que cinq mois à Artist House pour trouver une solution alternative, qui s’est trouvée hâtée par les démissions en rafale de ces dernières semaines. Le triomphe d’Osvaldo Patrizzi est d’autant plus spectaculaire qu’un des artisans de sa chute, Evan Zimmermann (dirigeant d’Antiquorum Etats-Unis et « âme damnée » de Yo Tsukahara au sein du board d’Antiquorum, a lui aussi été démissionné au cours d’une assemblée extraordinaire de ses actionnaires. Toutefois, il est possible d'interpréter autrement la démission de Zimmermann et la recapitalisation annoncée dans le dernier message de Tsukahara : il est désormais probable que l'argent de cette recapitalisation provient d'une vente (dont la légalité serait douteuse) d'Antiquorum USA à Zimmermann, qui en rêvait depuis longtemps et qui avait sans doute ourdi le complot anti-Patrizzi dans ce seul but... On nage en plein western financier ! Neuf mois de manœuvres, de manipulations et de dénonciations pour en arriver là : c’est assez minable ! La maison Antiquorum – qui était une des plus belles histoires de l’histoire moderne des enchères – est saccagée, ses équipes démotivées et dispersées et son capital confiance durablement (sinon définitivement) ébranlé. Il ne reste de cette magnifique aventure qu’un nom, toujours prestigieux quoique terni par cette affaire, et une collection de catalogues qui feront référence. On ne peut exclure qu’une délégation japonaise se déplace à Genève, en chemise et la corde au cou, pour présenter à Osvaldo Patrizzi, sur un plateau d’argent, les clés d’Antiquorum qui lui avaient été confisquées sans ménagement il y a neuf mois. Il est possible qu’on ait exigé de Yo Tsukahara une démission accélérée pour prendre les devants et peut-être dissuader Osvaldo Patrizzi de commettre l’irréparable en lançant Patrizzi & Co Auctioneers. Les nouveaux actionnaires d'Artist House pousseraient ainsi à la roue. Il n’est pas évident que ce dernier se laisse tenter par ce qui n’est plus qu’une coquille vide, plus riche de fantômes que d’équipiers fiables… . |
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| Le site japonais d'Artist House (en japonais) : cliquez ici... | |||||||
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