La lettre internationale des marchés horlogers
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9 avril 2008 - ANTIQUORUM : un retour annoncé pour Osvaldo Patrizzi ?
Alors qu’il prépare
un nouveau concept
de « ventes aux enchères
low cost »
pour sa nouvelle société
Patrizzi & Co Auctioneers,
Osvaldo Patrizzi pourrait
reprendre en main Antiquorum,
du moins ce qu’il en reste…





La situation évolue très vite chez Antiquorum.

D’une part, l’actuel CEO japonais, Yo « John » Tsukahara, a officiellement été démissionné de ses différentes fonctions chez Artist House Holdings, la compagnie propriétaire d’Antiquorum SA. Reste-t-il président d’Antiquorum Genève ? Virtuellement oui, mais tout—à-fait provisoirement, le temps de convoquer l’assemblée générale extraordinaire au cours de laquelle il sera proprement éjecté de la maison d’enchères, qui vient de changer d’actionnaire.
En effet, la société Artist House Holdings, qui était contrôlée par le conglomérat Quants, est désormais controlée par un autre conglomérat japonais, Chronicle, qui ne cache pas sa volonté de crever l’abcès Antiquorum au plus vite, en limogeant dans les formes Jo Tsukahara, auquel on reproche des résultats désastreux, une quasi-mise en faillite de l’entreprise et, surtout, une série d’initiatives hasardeuses, comme l’éviction l’été dernier d’Osvaldo Patrizzi au prétexte de malversations qui n’ont jamais été prouvées…

D’autre part, il semblerait qu’Evan Zimmermann, le président d’Antiquorum New York, qui avait été le complice de Jo Tsukahara dans le complot interne ourdi pour liquider de sa présidence Osvaldo Patrizzi, soit désormais en froid avec Jo Tsukahara, qui aurait néanmoins accepté de lui vendre le contrôle d’Antiquorum New York. Ce qui serait à la fois stupide sur le plan managérial et pas très légal sur le plan formel.
Cela revient en effet à créer un rival international qui porte le même nom : c’est pour le moins une source de complications ultérieures. Et c’est assez peu conforme aux usages du droit commercial, qui ne permettent pas qu’un dirigeant puisse se défaire d’un actif stratégique sans en référer à son conseil d’administration. Ce ne serait d’ailleurs qu’une illégalité de plus dans un dossier pour le moins truffé de manquements aux règles usuelles du droit des entreprises.

Autre point sensible : les récentes poursuites qu’auraient engagé les actuels dirigeants d’Antiquorum pourraient finalement n’être qu’un rideau de fumée destiné à cacher la situation désespérée de ces dirigeants, qui ont vu successivement démissionner les membres du conseil d’administration (quatre personnes, dont Evan Zimmermann) et les cadres de l’entreprise (directeur financier, directeur marketing, experts horlogers et équipe Internet).
En s’appuyant sur l’audit réalisé par PriceWaterhouseCoopers, Jo Tsukahara formule des accusations très graves contre la gestion Patrizzi (« vol, enrichissement personnel, détournement d’actifs en bande organisée, concurrence déloyale, etc. »), mais celles-ci ont provoqué un « éclat de rire » chez Osvaldo Patrizzi, qui s’amuse de l’attitude desormais « incontrôlable du cheval fou » qui préside Antiquorum. Il estime pour sa part « très peu professionnelle » l’attitude des auditeurs de PWC, qui n’auraient instruit qu’à charge et sur la base de documents pour le moins incomplets. Ce qui aurait pu les amener à se mettre sous le coup d’accusations tournant autour de la production de fausses pièces et d’omissions volontaires de documents. Et ce qui laisse présager de nouveaux rebondissements juridico-financiers…

Enfin, il semblerait qu’Osvaldo Patrizzi, qui vient de lancer Patrizzi & Co Auctioneers, avec un nouveau concept d’enchères « low cost » (sans frais pour les acheteurs, alors que les concurrents pratiquent de 20 % à 30 % de charges sur les prix d’adjudication), soit désormais considéré par les actionnaires japonais comme l’homme providentiel et le seul capable de « repêcher » Antiquorum.
« Peu importe le nom de la future société, admet Osvaldo Patrizzi, pourvu qu’elle travaille dans l’esprit des principes innovants de ventes aux enchères sur lesquels j’ai bâti mon nouveau projet d’entreprise. J’ai évidemment un attachement sentimental pour Antiquorum, société que j’ai cofondée il y a trente-quatre ans. Il faudra simplement faire un bilan très sérieux de ce qui subsiste aujourd’hui d’Antiquorum après le désastre de ces derniers mois ».

Tous les scénarios sont désormais possibles : un retour d’Osvaldo Patrizzi rue du Mont-Blanc, à Genève, dans les locaux d’Antiquorum dont il avait été expulsé sans ménagement l’été dernier, une mise en liquidation d’Antiquorum, avec une reprise des actifs par Patrizzi & Co Auctioneers ou pire encore, Yo Tsukahara n’ayant plus rien à perdre mais conservant, à titre provisoire, les commandes d’une entreprise en perdition…


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Direction de la publication et responsable de la rédaction : Grégory Pons