La lettre internationale des marchés horlogers
 Accueil  Brèves  Présentation  Grégory Pons  Anciens numéros  S'abonner
12 avril 2008 - RÉFLEXION PERSONNELLE : ma conception du journalisme et son rapport direct avec Albert Spaggiari...
.


La sortie du film français
consacré à Albert Spaggiari
me permet de répondre
aux abonnés qui me demandent
souvent comment je fais
pour trouver les informations
et les révélations
horlogères que je diffuse
dans Business Montres
ou sur Worldtempus...




Je n'ai pas encore vu Sans armes, ni haine, ni violence, qui sortira cette semaine sur les écrans, mais je suis absolument stupéfait par la ressemblance entre le comédien Jean-Paul Rouve (qui est aussi réalisateur du film : ci-contre) et le vrai Albert Spaggiari, qu'il m'est arrivé de rencontrer dans des circonstances qui n'ont pas lieu d'être exposées ici.

Ma première rencontre – pas personnelle, cette fois – avec "Bert" remonte précisément au matin du fameux "casse de Nice", en 1976.

Je suis alors jeune stagiaire journaliste à la radio Europe 1, en charge du "téléphone rouge", un système d'alerte téléphonique de la rédaction. On y comptait environ 90 % d'appels inutiles pour 10 % de pistes intéressantes, et 1 % de vrais scoops qui "grillaient" régulièrement la politesse aux radios concurrentes.
Très tôt ce matin-là (c'était à la mi-juillet), une brave voisine de la Société générale de Nice m'appelle pour me dire qu'il se passe quelque chose de bizarre en face de ses fenêtres.
Routine classique : je vérifie à la Société générale. Rien. Au commissariat : rien. A la préfecture : rien. Sauf qu'il me semble, à chaque fois, que mes questions jettent un certain trouble : même un très jeune journaliste peut ressentir la gêne ou la fébrilité d'une réponse.

Je décide de poursuivre mon travail d'investigation et je multiple les coups de téléphone aux bistrots voisins, aux boutiques (encore fermées) et aux autorités locales. Rien, sauf une confirmation de cette effervescence autour de la Société générale.
Mon rédacteur en chef m'invite à continuer : après tout, l'été est calme et ça m'occupe. J'ai l'impression qu'il y a au moins un braquage, sinon une prise d'otages : pas moyen d'envoyer une équipe technique sur des indices aussi fragiles, mais ma propre tension monte.
Qui dit banque, dit coffres. J'ai alors l'idée d'appeler Fichet-Bauche, l'agence locale de coffre-forts. C'est d'ailleurs la seule marque de coffre-forts que je connais. Bingo ! Une brave secrétaire me raconte que toute l'équipe est partie en urgence à la Société générale, où la salle des coffres semble avoir été pillée pendant le week-end. D'après elle et d'après ce qu'on a expliqué à son patron, "tous les coffres ont été éventrés"...

C'est tout bon ! Quand on a un début de vraie information, c'est toujours plus facile d'avoir la suite. Quelques vérifications élémentaires plus tard, Europe 1 sera la première radio à annoncer, en exclusivité, le "casse de Nice" et son fabuleux butin évalué par nous, dès ce matin-là, à plusieurs milliards de centimes. C'était un record pour l'époque.

Cette belle leçon de journalisme valait largement toutes celles qui m'ont été dispensées pendant mes deux années d'école de journalisme. Par la suite, je n'ai jamais oublié qu'une information se construit par une recherche patiente et je n'ai jamais cessé de repenser à cette affaire niçoise dans mes différentes activités de presse, que ce soit dans l'économie, dans la culture, dans la politique ou dans les montres.

••••••• Récemment encore, certains confrères ont reproché à Bell & Ross de m'avoir favorisé, à leur détriment, en laissant "fuiter" l'information sur la future montre de l'armée de l'Air (exclusivité Worldtempus du 27 mars dernier : lien ci-dessous).

Pour obtenir cette information, j'avais tout simplement "gratté" là où il fallait, mais sans doute avec un instinct de curiosité plus aiguisé que celui de mes confrères.
Je savais que cette montre était dans les tuyaux (j'avais mon propre informateur, au meilleur niveau, dans l'état-major de l'armée de l'air). J'en avais parlé avec la direction de Bell & Ross, qui m'avait demandé de ne pas en faire état puisque rien n'était encore signé.
Je gardais donc tout ça pour moi quand, en furetant sur le site de la marque, j'ai trouvé ce qu'on pourrait appeler une... "porte ouverte", que j'ai poussée pour découvrir, derrière, un dossier de posters réalisés pour la foire de Bâle.
Rien de bien intéressant, sauf, précisément, un poster destiné à la décoration du stand, avec une image de la future montre Bell & Ross réalisée pour l'armée de l'air.
Les logos officiels de l'aviation militaire y figurant, j'en déduisais que le contrat était effectivement signé. Ces affiches devant décorer le stand officiel à Bâle, j'en déduisais également que la montre serait dans les vitrines et que je ne faisais prendre aucun risque à la marque en publiant ce "scoop" à une semaine du salon.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Je me demande seulement pourquoi les autres journalistes horlogers n'ont pas été voir plus loin que le dossier de presse qui leur ouvrait l'accès à cette porte dérobée...

Ma recette personnelle est donc un mélange de curiosité, d'attention aux signaux faibles et de déductions logiques.

•••••• Dernier exemple : mes révélations sur l'affaire Antiquorum. Depuis son rachat par les Japonais, annoncé en exclusivité dans Business Montres, sur la base d'informations trouvées sur un site boursier japonais (site public, que n'importe quel confrère pouvait consulter) et confirmées à Genève, Antiquorum est dans mon "radar".
Après, c'est une affaire de veille et de mise en place d'un réseau d'alerte. L'actionnaire japonais d'Antiquorum étant une société cotée, ses communiqués sont publics. Après un simple logiciel de traduction sur Google, il suffit de suivre les communiqués officiels pour s'informer. Encore faut-il le faire...

Ensuite, il faut analyser la situation et prendre le risque de... se tromper ! C'est-à-dire, dans le cas d'Antiquorum, d'avoir raison avec cinq mois d'avance en annonçant le limogeage du PDG japonais installé à Genève à la place d'Osvaldo Patrizzi : une meilleure connaissance de la subtilité culturelle japonaise m'aurait aidé à relativiser les décisions d'un conseil d'administration par la nécessité de ne pas faire perdre la face à un dirigeant...

Business Montres n'en avait pas moins raison concernant ce PDG viré sans ménagements l semaine dernière. La confirmation en a été publiée, une fois de plus, au Japon avant même que les Suisses en soient informés. Là encpre, il suffisait d'aller chercher au bon endroit et d'interroger les bons analystes (merci, amis boursiers, pour vos tuyaux pas percés !).

On pourrait appliquer cette grille de décodage et de curiosité attentive aux signaux faibles à la plupart des révélations exclusives publiées sur Business Montres ou sur Worldtempus.

Comme on disait en mai 1968, "ce n'est qu'un début, continuons le combat" !


.

L'exclusivité Bell & Ross sur Worldtempus : cliquez ici...
Business Montres & Joaillerie, la lettre internationale des marchés horlogers.
4, rue René-Jacques 92130 Issy-les-Moulineaux France. Tél : +33 611 936 369.
Direction de la publication et responsable de la rédaction : Grégory Pons