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| 1 avril 2009 - LE FRANC-TIREUR DE BASELWORLD 2009 (chapitre 6) : suite et fin d’un salon parcouru de vibrations très positives (sauf pour ....) | |||||||
.Dernier vrai jour de travail à Bâle, avant que n’apparaissent dans les couloirs les premiers cartons des partants : les ambiances libérées de fin de salon sont toujours révélatrices des vraies tendances. Ne le répétez pas, mais tout le monde est lâchement soulagé d’avoir échappé au pire… …À BASELWORLD, LE FRANC-TIREUR A… ••• COMMENCÉ À VOIR BASELWORLD, SES HÔTELS ET SES RESTAURANTS SE VIDER, même si beaucoup de rendez-vous figurent encore à l’agenda de cette vraie dernière journée. On peut risquer une confirmation générale de la bonne tenue relative des carnets de commande – du moins pour une année de crise et pour les marchés « classiques », en particulier européens : les Américains, les Russes ou les Asiatiques ayant fait largement défaut. Pour l’avoir vérifié dans les liasses de commandes, on peut même trouver plusieurs marques ayant fait mieux que l’année dernière sur les marchés européens… ••• TOUT SE PASSE COMME SI, APRÈ :S UNE INONDATION, LE FLEUVE RENTRAIT DANS SON LIT : on oublie les débordements d’hier et on retourne paisiblement pêcher à la ligne sur les rives… ••• CONSTATÉ QUE LA SITUATION DEVAIT D’AILLEURS ÊTRE MOINS CATASTROPHIQUE QU’ON LE DIT, si on juge par le nombre d’investisseurs potentiels présents à Bâle pour renifler les « bonnes affaires » – comprenez les marques susceptibles d’être achetées ou rachetées. Apparemment, les rumeurs de crise ont attiré quelques prédateurs en quête de nouvelles proies, notamment dans les couloirs du Hall 5 et du Hall 2… ••• SITUATION QUI ALIMENTE UN AUTRE RUMEUR BÂLOISE : pour certains managers de maisons indépendantes au capital familial toujours fragile, il pourrait être tentant de noircir le tableau post-Bâle, histoire d’inciter les actionnaires fragilisés à décrocher au profit de nouveaux investisseurs, évidemment en cheville avec le manager qui connaît le mieux la vérité des dossiers. A vérifier d’ici la rentrée de septembre, mais ça pourrait expliquer le pessimisme grognon de certains… ••• SALUÉ AU PASSAGE LA CALME LUCIDITÉ DES VÉTÉRANS DE L’HORLOGERIE, et notamment celle d’un François Thiébaud (Tissot), président des exposants suisses, qui annonçait avant Baselworld un résultat proche de celui de 2006. On n’en sera pas loin, toutes intoxications post-Bâle mises à part. Dans les giboulées de mars, il suffit d’attendre la fin de l’averse, alors que les barreurs de beau temps prennent un ris et replient la toile à la première averse… ••• C’EST COMME PENDANT LES BATAILLES NAPOLÉONIENNES : quand l’Empereur faisait donner les grenadiers de la Garde, le combat changeait d’âme et la victoire de camp. Le sang-froid des grognards aura encore une fois triomphé de la panique des « Marie-Louise ». ••• ÉPROUVÉ HIER UNE DES ÉMOTIONS LES PLUS FORTES DE BASELWORLD, en découvrant l’exceptionnelle « machine à écrire le temps » de Jaquet Droz. Evidemment, ce n’est pas une montre et ça ne ressemble rien à rien, sinon à un Meccano géant assemblé par une sorte de dyslexique horloger à tendances schizophréniques. Evidemment, on a trouvé plus simple pour connaître l’heure : imaginez-vous qu’il faut, avant que la machine se décide à donner l’heure, donner plusieurs tours de manivelle, attendre 22 secondes que le mécanisme ne se décide à écrire et attendre que l’automate ait tracé quatre chiffres et deux points pour savoir exactement l’heure. C’est ridicule ! Mais c’est tout simplement extraordinaire, génial et vertigineusement « philosophique » en même temps que techniquement déjanté. C’est une première dans l’histoire horlogère et dans la quête immémoriale des objets du temps. De quoi s’agit-il exactement ? D’un enchevêtrement de piliers, d’axes, d’engrenages, de courroies [c’est vraiment l’année de la courroie horlogère], de ponts et de pignons qui aboutissent à un stylo qui écrit l’heure avec une précision remarquable, puisque le mécanisme de cette MET – Machine à écrire le temps – tient compte des 22 secondes de décalage pour afficher l’heure. On en est encore au stade du prototype d’une série de 28 pièces, mais c’est la première fois qu’une machine peut écrire le temps : c’est, au sens le plus strict du terme, le premier vrai « chronographe » (ci-dessus : à droite, le stylo ; on vérifie que la MET donne aussi l'heure analogiquement, mais, pour rester dans le bizarre, l'aiguille des heuresn à gauche, tourne en sens inverse) ! Philosophiquement, c’est tout aussi fantastique. D’abord, c’est la première machine qui « donne » le temps : un don physique, puisqu’on remet un papier où se lit l’heure – ça fait réfléchir ! Donner au lieu de dire ou de lire : une nouvelle dimension de l’horlogerie, à vrai dire très 2.0. ! Que de développements conjecturels autour cette MET, qui dévoilent d’immenses gouffres métaphysiques dans nos méditations sur le temps des hommes, des machines ou des culturels : pourquoi pas une machine « qui ne sert à rien » pour percer les mystères d’un temps « dont on ne sait rien ». Archimède et saint Augustin auraient apprécié, mais ils n’avaient pas leur pass de Baselworld… • Ce serait dommage de ne pas parler que de cette « machine » et non des collections Jaquet Droz, mais nous y reviendrons, ainsi que sur la machine, assez tendrement facturé 400 000 francs suisses, alors qu'elle vaut facilement le double et qu'elle les vaudra aux enchères dans les années à venir. ••• INNOVATION INTÉRESSANTE CHEZ JAQUET DROZ : la présentation musicale ! Un morceau par plateau de montres, histoire, en attribuant ainsi une couleur musicale évocatrice à chaque collection. C’est plus amusant que le sempiternel défilé des « marmottes »… ••• STATISTIQUES MENSUELLES POUR BUSINESS MONTRES : 46 000 lecteurs au mois de mars et 165 000 pages vues. C’est modeste comparé aux statistiques revendiquées par la plupart des sites horlogers, mais au moins crédible : il est vrai qu’il est difficile de comparer des sites d’informations financés par les marques et des sites indépendants de toute publicité ou partenariat… ••• 46 000 LECTEURS, JE TROUVE MÊME ÇA TRÈS PROMETTEUR ! C’est beaucoup plus que la plupart des magazines horlogers [print] et Business Montres est loin d’être un média « grand public ». Ce qui est le plus encourageant, c’est la poignée de main de nombreux inconnus dans les couloirs de Baselworld : quelle motivation pour continuer ! ••• SOURI DU DÉMENTI OFFICIEL DE RICHEMONT AUX HYPOTHÈSES CONCERNANT LE SIÈGE ÉJECTABLE DE JÉRÔME LAMBERT : il est troublant de voir Johann Rupert en personne – cité par Bloomberg – s’inquiéter d’une rumeur formulée au conditionnel et regretter qu’on attaque ainsi « un de ses meilleurs managers ». Tout aussi intéressant, le démenti opposé aux affirmations de Business Montres concernant le « mauvais coup » qui se préparerait en vallée de Joux, avec la suppression de 180 postes de travail chez Jaeger-LeCoultre (27 mars). Il est certain que cette annonce a légèrement parasité l’effet d’annonce de Richemont concernant la réorganisation de son pôle mode (cuir, mode et accessoires, c’est-à-dire essentiellement Chloe, Lancel et Dunhill). Il s’agissait pourtant d’envoyer à la communauté financière, inquiète de la sous-performance du groupe [l’action Richemont a nettement plus baissé que celle de PPR ou de LVMH], un signal positif avec la nomination de Martha Vikstrom pour coiffer ce pôle, qui annonçait récemment des pertes non négligeables. Manque de chance, les analystes financiers – qui lisent attentivement Business Montres – se sont plus intéressés à l’actualité horlogère du groupe, plus stratégique que le sort d’un pôle mode ! Le démenti des hypothèses de Business Montres est plutôt un signal de trouble qu’un signal de réassurance. Soit les syndicats qui négocient ce plan social ont tort et Jaeger-LeCoultre ne procédera à aucune suppression d’emploi ; soit ils ont raison et le résultat final, âprement négocié, devrait se situer dans une fourchette de 120-180 emplois. Soit Jérôme Lambert est le phénix du management Richemont [« Jerome is one of our most highly regarded and successful managers and we very much regret the offensive comments made in the article », selon Bloomberg] et Business Montres a tort ; soit l’annonce était… prématurée, mais Johann Rupert devrait méditer sur le soulagement général de la communauté horlogère à l’annonce de cette hypothèse et sur le fait qu’elle a paru logique à tout le monde… Admettons que la liste pour l’échafaud n’est pas définitive close pour les emplois concernés. L’histoire me prouve que, pendant les révolutions, les coupeurs de têtes les plus acharnés finissent toujours sur la bascule du bon Dr Guillotin… ••• PRÉCISION : CONTRAIREMENT À L’INFORMATION DE CE MATIN CONCERNANT FRANÇOIS-PAUL JOURNE, l’épisode Jérôme Lambert n’était pas un poisson d’avril un peu prématuré… J’en profite pour rappeler que, dans le respect d’une très ancienne tradition de la presse écrite, Business Montres publie chaque année, pour le 1er avril, un « poisson d’avril » éditorial que certains s’obstinent parfois à prendre au sérieux, alors qu’il n’est qu’un clin d’œil un peu rigolard à l’actualité. Il faut respecter les traditions… ••• AU FAIT, POURQUOI JÉRÔME LAMBERT, alors que j’ai plutôt tendance à soutenir les managers victimes de la crise ? Les uns et les autres pourraient témoigner du fait que j’ai retenu les informations les concernant pour ne les publier qu’au moment où elles ne pouvaient plus leur causer du tort et beaucoup ont fait appel à mes relations pour trouver de nouveaux contacts. On pourrait en déduire que je n’aime pas ce M. Lambert, mais je ne me situe pas dans cette logique affective. D’une part, en tant qu’observateur des marchés horlogers et en tant qu’amateur collectionneur de Jaeger-LeCoultre, j’estime qu’il a naufragé la marque en multipliant les erreurs stratégiques et les fautes de commandement. C’est beaucoup pour une seule tête, même si elle a été très enflée par les encens de la presse et la pratique abusive des limousines [Les Aston Martin blanches du dernier SIHH sont restées en travers de la gorge de tout le monde, en particulier de ceux dont les emplois sont menacés]. D’autre part, Jérôme Lambert est à mes yeux le taxon de ces managers qui se pensent tout permis et qui sont prêts à tout pour verrouiller et manipuler l’information. Là, on touche au cœur de mon métier et je m’insurge. Je ne parle pas ici de la pratique aujourd’hui habituelle des rédactionnels à la gloire du CEO, portrait à l’appui, échangés contre des publicités [on se sert ici de la marque à des fins personnelles au lieu de la servir], mais plutôt des pressions directes exercées sur les rédactions pour les dissuader d’employer tel ou tel journaliste indépendant ou des manœuvres pour interdire de salon professionnel un journaliste qu’on soupçonne de ne pas « penser dans les clous » et d’être rebelle à l’usage de la brosse à reluire. ••• COMME ME L’A FAIT REMARQUER UN DES CEO « AMIS » DE « GÉRARD » (c’est le nouveau surnom qui circule dans les couloirs de Richemont, où se fredonne la chanson de Renaud rappelée par Business Montres), j’ai plutôt offert à M. Lambert un sursis qu’une porte de sortie. Johann Rupert ne pouvait évidemment pas le sacrifier illico sans perdre la face ! De là à penser que j’ai été moi aussi manipulé par le machiavélique M. Lambert, qui n’en reste pas moins intérimaire, sursitaire et légèrement décrédibilisé… ..... |
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