La lettre internationale des marchés horlogers
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21 septembre 2006 - Faut-il découronner Vacheron Constantin ?
1685 ou 1755 ?

Polémique historique autour de la plus ancienne manufacture suisse.

Nous avons tous en tête les fêtes du quart de millénaire de Vacheron Constantin, maison fondée en 1755. Problème : la manufacture du groupe Richemont n’est peut-être pas la plus ancienne maison suisse d’horlogerie toujours en activité [selon la formule adoptée pour cette commémoration]. En effet, la maison Gallet – toujours en activité, elle aussi, mais avec quelques solutions de continuité dans son existence – semblerait pouvoir prouver que des Gallet, enregistrés comme citoyens genevois depuis 1466, se sont établis à Genève comme horlogers et joailliers en 1685. C’était l’année de la révocation en France de l’Edit de Nantes, qui avait poussé de nombreux huguenots à trouver refuge en Suisse. Soit une « fondation » officielle soixante-dix ans avant que Jean-Marc Vacheron n’ouvre son cabinet genevois. Gallet fêterait cette année ses 321 ans si la maison ne souffrait pas d’un tel déficit de notoriété et de présence dans l’actualité. Curieusement, Gallet ne revendique d’ailleurs que « Genève 1742 » dans un de ses logos et « Genève 1685 » dans un autre…
Gallet serait également en mesure de détrôner Patek Philippe pour la réalisation du premier chronographe-bracelet historiquement attesté. Les archives chauxdefonnières de Gallet feraient état d’une commande de chronographes-bracelets par l’armée anglaise en 1916. Il s’agissait de chronographes de poche, spécialité de la maison : des anses soudées permettaient de porter ces chronographes au poignet grâce à un bracelet de cuir. Ce qui ferait également de Gallet le premier fournisseur historique des armées de Sa Gracieuse Majesté britannique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Gallet livrera aussi des chronos-bracelets à l’US Army, avec l’autorisation spéciale de l’ambassadeur du Reich à Berne !
La maison Gallet est devenue Gallet Group AG (siège à Zollikon, ZH) et elles est toujours placée sous le regard de Bernard Gallet, héritier de la famille Gallet. Dans la tradition d’un riche passé horloger, qui lui a fait vendre des montres dans le monde entier (marques Gallet ,Racine, Galco, etc.), la maison célèbrera cette année, par une montre spéciale Jubilé, le centenaire de son premier tourbillon, créé en 1906.
G.P.
Business Montres : Records à battre, donc ! Et, je vous l’accorde, chamailleries sans conséquence. Même sans mythologie marketing (style Blancpain 1735), l’exactitude historique est un art difficile, sujet à de perpétuelles et déchirantes révisions. Un dossier à rapprocher de la querelle Perrelet-Sarton (Business Montres du 1er septembre) : les annales définitives de l’horlogerie restent à écrire. En attendant, quelle belle proie pour les groupes de luxe que cette maison Gallet : on imagine ce qu’un habile marketing pourrait faire de la marque et de son patrimoine !
Business Montres & Joaillerie, la lettre internationale des marchés horlogers.
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