La lettre internationale des marchés horlogers
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18 avril 2009 - CHRONIQUE : un étrange parfum de luxe au Top Marques de Monaco
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Ouverture cette semaine
du Top Marques Monaco :
avec la crise, l’ambiance a changé.
Les exposants aussi.
Et, bien sûr, le regard qu’on peut porter
sur le luxe post-krach financier :
même avec le renfort des montres,
ça n'embraye plus…




••• APPAREMMENT, LES SUPERCARS FONT TOUJOURS RECETTE. Bien sûr, en y regardant de plus près, il en manque bien quelques-unes par rapport à l’année dernière. Apparemment, les références les plus rares sont aussi les plus appréciées et photographiées. Ce n’est pas le public de Monaco et des environs qui va s’extasier sur une Porsche ou une Aston Martin : il lui faut une Gumpert, une Pagani ou une Giugiaro pour s’émouvoir. A la rigueur, un Kombat T98, sorte de Hummer post-soviétique, avec vraies-fausses plaques de blindage et fausses-vraies Russes aux jambes interminables…
Plus de marques classiques (d’Audi à Jaguar, en passant par Lexus ou BMW), mais moins de « monstres de niche » : la crise frappe aussi les petits indépendants de l’industrie du luxe automobile !
Apparemment...


••• DÉCEPTION, EN REVANCHE, CÔTÉ MONTRES, puisqu’on est passé d’une vingtaine de marques à moins de la moitié, en comptant large, même si Zegg & Cerlati – les célèbres horlogers de Monaco – ont assuré une partie du spectacle pour Richard Mille, Vacheron Constantin, Hublot et autres célébrités helvétiques, mais aussi pour sa propre collection de montres Z&C, particulièrement bien dessinée. Il restait Boucheron et Charles Oudin pour la place Vendôme, les collections vintage d’Eric Hamdy (MMC), un coin de stand automobile pour BRM et deux originalités : Ateliers de Monaco, marque néerlando-monégasque, dont c’était la première apparition en public, et Van der Gang, référence purement néerlandaise – « Made in Holland » – qui faisait également sa première sortie hors des Pays-Bas.
Ceci sans tenir compte d’un des plus fabuleux objets mécaniques – une vraie « complication », capable de retenir l’attention de tous les horlogers – jamais fabriqués : l’ouvre-bouteilles de Oneofonehundred, enchevêtrement de rouages, de ressorts et de masses en mouvements, qui permettent d’ouvrir une bouteille sans y toucher en à peu près cinq minutes, une fois que le système a été remonté à la manivelle ! Entièrement mécanique, prodigieusement inutile et parfaitement excentrique – donc fièrement britannique (image ci-dessus) ! A découvrir absolument sur le site de Oneofonehundred , vidéo à l’appui…


••• DÉCEPTION AUSSI DU CÔTÉ DES EXPOSANTS de ce sixième Top Marques, venus à la « pêche au gros » – le nom de Monaco fait toujours rêver – mais repartis sans avoir vu ces gros bataillons russes, italiens ou tout simplement cosmopolites qui avaient assuré une large partie du spectacle et des commandes en 2008. Envolés, évanouis, qui sait peut-être même ruinés, en tout cas peu soucieux de se laisser tenter et de flamber leurs derniers pétro-bourso-mercanto-narco-dollars [rayez les mentions inutiles]
Restait donc la foule – peut-être 15 000 personnes, ce n’est pas rien ! – de cette partie de la Riviera française où on aime encore les beaux châssis bien profilés, les capots aussi plongeants que les décolletés et les mocassins à mors ou à pompons. Une foule largement invitée, puisque la distribution de cartons avait été cette année généreuse, mais assez peu portée sur des achats dont elle n’avait manifestement pas les moyens, même avec les rabais consentis aux prospects un tant soit peu tièdes : même en tenant compte des fanfaronnades classiques d’après salon, il est probable qu’on n’a pas vendu plus de deux ou trois supercars au Top Marques, dont la vedette était paradoxalement une « voiture-scooter » anti-crise , le génial concept Lumeneo, « Made in France » comme il se doit !

••• POUR CE PREMIER SALON DU LUXE D’APRÈS LA BOMBE BOURSIÈRE, tout le monde s’était donc calmé pour ne plus songer qu’au plaisir des yeux et à l’exotisme de voitures comme plus aucun Français ne peut en acheter sous peine de donner beaucoup de plaisir à son percepteur et de provoquer de mortelles jalousie chez ses meilleurs copains. Une Ferrari d’occasion à vendre, avec « facilités de paiement » : c’est encore plus pathétique à Monaco, surtout à côté d’une Koenigsegg ou d’une Prindiville. Promenade dans un jardin exotique de bolides exceptionnels : en demandant poliment, on peut même s’asseoir au volant, histoire de se faire des souvenirs avant de sortir le monoplace familial du parking. Les privilégiés pouvaient même faire un tour – siège passager – dans les embouteillages de la principauté, pour voir « ce qu’on voit de la rue quand on est riche »…

••• POUR CE QUI EST DU « MARIAGE HAUT DE GAMME DE L’AUTOMOBILE ET DES MONTRES », on repassera. D’abord, pour que le mariage soit consommé, il faut coucher dans le même lit : ce n’est pas en créant un ghetto pour quelques montres (au rez-de-chaussée) et un grand hall pour les voitures qu’on peut favoriser les rencontres ! Ensuite, qu’avaient donc à se dire les admirateurs de volants rares et les curieux de montres chères ? Il aurait été plus judicieux de monter, en partenariat avec chaque stand automobile et sur leur espace, un corner horloger pour des marques aussi conceptuelles que les supercars exposées : que de parrainages auraient été féconds, la découverte des unes stimulant l’ouverture d’esprit face aux autres ! Les plus belles histoires d’amour naissent plus dans l’union libre que dans le contrat notarié…



••• D’OÙ L’ÉTRANGE IMPRESSION LAISSÉE PAR CE SALON, auquel il manquait quelque chose pour être crédible : le grain de folie des « années fric », cette impression que tout est possible, sinon aujourd’hui mais peut-être demain, cette idée étrange qu’on peut toujours faire mieux, aller plus loin dans le caprice, rêver plus fort dans la démesure. On n’avait plus ni le flacon, ni l’ivresse, juste le mal au cœur !

• On était plutôt dans une ambiance de gueule de bois et de lendemain de fête : petite faim sur fond de nausée sous-jacente, quand l’idée même de se remettre à table suffit à couper tout appétit renaissant…

• L’argument du « haut de gamme » ne fait plus vraiment recette, ni vraiment fantasmer quiconque. Le concept même de « luxe » a été tellement dévoyé qu’il finit par créer un indicible malaise. Le prix élevé a cessé d’être un indicateur signifiant et mobilisant, pour devenir une balise d’inquiétude, voire d’embarras. L’hyper-vitesse fait désormais pitié et les concepts hybrides ont quelque chose de dérisoire dans un tel environnement.

• Les mariages trop forcés et trop arrangés à l’avance – supercars et overwatches – donnent surtout des idées de liberté, sinon de fuite. Trop, et c’est l’indigestion : trop de superlatifs, trop de zéros sur l’étiquette, trop de design dans les carrosseries trop high-tech, trop de démesure dans les chevaux sous le capot. Au final, trop de prétention à enfermer l’être dans l’avoir unidimensionnel d’une carrosserie, d’une sellerie ou d’une mécanique de poignet…

• Une réponse originale à la crise aurait été la valorisation d’une nouvelle créativité et d’une explosion des formes ou des concepts, dans les voitures comme dans les montres : au prix du mètre carré que pratique le Grimaldi Forum de Monaco, on n’avait sans doute pas le choix, mais une belle occasion a été gaspillée.

• Top Marques Monaco – «
Incorporating Top Marques Watches » : un salon qui a perdu sa place [ce n’est pas de sa faute, c’est juste l’époque qui a basculé !] et qui doit donc se repositionner sous peine de se ringardiser.





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