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| 21 septembre 2006 - LEGRAND1894 | |||||||
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LEGRAND1894 Le nouveau prince de la place Un concurrent original pour les joailliers parisiens ! Place Vendôme, vous ne trouverez pas la marque Legrand1894 en vitrine, mais quelque part au numéro 16, au-dessus de chez Piaget, dans une boîte aux lettres de domiciliation. Il fallait une adresse chic au « symbole du luxe absolu pour les amoureux des objets rares »… On avait oublié la dynastie des tailleurs Legrand : cet atelier, fondé à Bourges en 1894, aurait vêtu hobereaux berrichons et chefs d’Etat africains. Le nom est inconnu du Dictionnaire international de la mode, mais ce Legrand serait un « aventurier visionnaire » et une « fabuleuse source d’inspiration pour les créateurs d’aujourd’hui ». Il suffit d’y croire. Parfaitement inconnue, la marque berruyère Legrand1894 se redéploie dans l’horlogerie haute couture. Pourquoi pas ? Premier acte : le lancement à Cannes d’une montre de haute joaillerie, sur un yacht et en grand secret, avec quelques célébrités et une poignée de privilégiés. Baptisée Gala, elle est présentée comme « la montre plus chère du monde » : à 200 000 euros, on reste loin du compte. La « plus belle montre du monde » ne devrait pas ébranler la colonne Vendôme, quoique chaque détail soit conçu pour « une classe de fins connaisseurs ». Le mouvement est mécanique : chinois sous pavillon d’emprunt Swiss Made, il justifie probablement le label « manufacture » au dos du boîtier. Doté d’une « sonnerie » ( ?), il se veut « à remontage manuel » malgré le rotor sous le fond saphir. A noter : le boîtier en huit, d’inspiration très fawazgruosienne et les anneaux très versaciens. Précision : la Gala « n’est vendue que par cooptation et sur recommandation, au travers d’un réseau de détaillants agréés d’extrême qualité »… Animateur de Legrand1894 : un certain « prince » (?) Christian Sabba Wilson, qui se dit sujet britannique – inutile de le pister dans le Bottin mondain. Ces derniers mois, il se serait incrusté dans des soirées jet-set assez mélangées. Il ne s’en est manifestement pas remis. Ce « prince » s’agiterait dans le casting de top-models free-lance et dans la création d’« événements » assez obscurs… G.P. Business Montres : Effectivement, rien de bien clair dans tout cela, ni dans le « groupe Finnegoods Capital » que ce Christian Sabba Wilson affirme « spécialisé dans le luxe et les accessoires très haut de gamme ». D’abord, on pense à un canular. Puis au pastiche parodique d’un lancement par la plus gaffeuse des griffes de luxe. La « soirée de lancement » prouve l’imagination princière. La Gala relève du mirage numérique. S’agirait-il d’un de ces ébouriffants montages dont les Africains ont le secret pour marabouter les toubabs ? Il ne manque à cette forgerie ni les auto-proclamations qui rebondissent sur Internet, ni les titres aristocratiques approximativement usurpés, ni les faux-nez historiques [ne pas rater le mirobolant communiqué de presse sur www.legrand1894.com : on y découvre comment Van Cleef & Arpels a créé des bracelets en or pour Jacqueline Kennedy… jusque dans les années 1930 !]. Le tout dans le décor obligé des grandes arnaques contemporaines : la Croisette, la place Vendôme, le champagne tiède des events frelatés, les diam’s de pacotille, la baronne au faux accent allemand et les apprenties mannequins empaumées sur le yacht fantôme d’un prince interlope. On se croirait dans un film de Lautner des années soixante, dialogues d’Audiard en moins tellement ce « prince » est brouillé avec la syntaxe. Pourquoi cette esbroufe. Tester in vitro la réactivité des jobards médiatiques à n’importe quelle baudruche Internet ? Ou bien piéger quelques nigaudes VIP (Very Important Pintades), assez américaines pour tomber dans le panneau ? |
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