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| 6 octobre 2006 - Choses vues sur le marché gris japonais : le grand déballage d'Akihabara | |||||||
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Au cœur de Tokyo, le quartier d’Akihabara est le spot le plus chaud du monde pour les drogués du shopping. On y fait de belles découvertes horlogères… D’abord, on se dit que ce sont des contrefaçons. Puis on regarde de plus près les prix, les montres, les écrins, la PLV : ce sont des vraies Rolex, des vraies Cartier, des vraies Bulgari, TAG Heuer, Hublot, Omega, Girard-Perregaux, tout ce qui se fait de mieux en Suisse, en collections de l’année, avec boîtes, papiers et garanties internationales open. Pour les modèles de l’année dernière, on peut négocier promos et remises. Le tout en vrac façon hard selling, avec des pièces alignées dans des tables-vitrines comme on n’en fait plus en Europe depuis les années soixante-dix, sans effort notable de mise en valeur. La PLV soignée, telle qu’on la trouve sur le Vieux Continent, relève ici du gaspillage : on est loin de l’« usine à rêves ». Les prix sont griffonnés à la main par des vendeurs manifestement étrangers à l’univers horloger. Les montres sont alignées comme des petits soldats : aucune différence entre les linéaires de téléphones mobiles et ceux des appareils photo numériques des étages voisins. On est loin du cocktail de luxe, d’émotion et de passion, de ce bon chic bon chic qu’on nous affirme irréductiblement lié à l’image de toutes ces belles marques… Des Rolex Daytona acier comme s’il en pleuvait, à 7 000 euros : à peine 15 % plus cher que le prix catalogue que personne ne pratique de toute façon à Paris ou à Genève. Aucune logique apparente dans la présentation des vitrines : des griffes de mode et des stars de la place Vendôme au coude à coude. Des marques de niche et des classiques du mass market international dans la même grisaille merchandisée, avec des montres laissées sous plastique pour éviter les rayures. Toutes ces montres, qu’on nous affirme « très demandées » ou « sur liste d’attente » en Europe, sont disponibles ici à des prix discount pour le marché japonais, c’est-à-dire voisins des prix en euros. Avec la détaxe, un touriste européen peut même réaliser de bonnes affaires… Nous sommes à Akihabara, un quartier de Tokyo considéré comme la Mecque du shopping pour les produits high-tech : tous les produits de toutes les marques, dans des dizaines de tours hyper-marchés ouvertes très avant dans la nuit. Apparemment, Akihabara est aussi devenu un excellent spot horloger, une sorte de rue du Rhône à la japonaise, dans une ambiance survoltée de criardes enseignes lumineuses, de bruyants « bandits manchots » (en étage, les salles de jeu foisonnent) et de gadgets hallucinés. Chaque semaine, il semble s’y déstocker plus de montres de luxe que dans tout le quartier des Champs-Elysées ! Business Montres : Il s’agit là d’un témoignage personnel de visu. Renseignements pris, il s’agit évidemment de vraies montres, tout ce qu’il y a de plus authentiques. Nous sommes simplement au cœur du « marché gris » japonais. J’ai vu d’autres vitrines « grises » – avec autant de vraies montres et de grandes marques – dans un « Tout-pour-Rien » à la périphérie de Ginza, entre des monceaux de soquettes à un dollar les cinq paires et un déballage promotionnel de crayons de couleur, sous des néons blafards qui donnaient mauvaise mine à tous ces cadrans suisses. A cette échelle, on se pose tout de même des questions sur l’honnêteté des marques, ou du moins sur l’intégrité de leur politique commerciale. De qui se moque-t-on ? Les manufactures savent parfaitement d’où vient chacune de ces montres, par qui elle a été revendue, et quand. Quand on sait les persécutions et les mesquineries que les grandes marques réservent à leurs détaillants européens (surface en vitrine, volume des commandes, environnement PLV, livraisons, etc.), on croit rêver en découvrant ces étals japonais qui ridiculisent les souks de Marrakech. Sauf que, sur Akihabara, ce sont des vraies montres ! • Des Patek soldées chez Cosco Comme tous les ans à la rentrée, j’ai fait un petit tour d’inspection chez l’Américain Costco, le plus grand soldeur d’usines du monde, pour y débusquer quelques belles marques de montres, entre palettes de bière et montagnes d’écrans plasma. Bilan : c’est comme la place Vendôme ou la rue du Rhône. C’est même mieux, parce que c’est moins cher. Des Patek Philippe Gondolo Calendario en or (- 15 %), des Cartier Santos en or (- 30 %), des Breguet Regulateur en platine [on en trouve beaucoup, ces temps-ci, chez les soldeurs américains], des Bulgari, des Chopard, des Jaeger-LeCoultre. Egalement soldées : des Omega Planet Ocean (- 30 %), des IWC Chrono Portugaise en or à (- 20 %), des Breitling, des Montblanc. Le tout avec écrins, papiers et garanties internationales. Business Montres : Je veux bien que les mœurs commerciales américaines soient moins policées que les nôtres, mais je ne m’attendais tout de même pas à cet échantillonnage de la place Vendôme. Je ne pouvais pas imaginer ces Patek Philippe Twenty-Four serties vendues comme des tuyaux d’arrosage ou des tables à langer. Pour ceux qui voudraient vérifier, il y a 354 Costco dans le monde, dont 18 au Royaume-Uni et 14 en Asie (www.costco.com). EN FRANCE AUSSI… Marques en stock Les managers appellent cette pratique le « warehouse management » : la liquidation en magasins d’usine est intégrée dans le business plan initial. Exemple près de Paris, à La Vallée Village, outlet situé à deux pas de Disneyland Paris. Un vrai « village », avec des rues dont les maisons seraient autant de boutiques aux couleurs et aux codes des marques. Surprise : il n’y a pas que des produits de mode (le discount se comprend pour des produits saisonniers), mais beaucoup de belles montres ! De l’horlogerie Dunhill entre – 40 % et – 70 %. Idem pour Lalique. Quelques montres de mode (Lacoste, Burberry, Façonnable, Armani, Versace, Diesel), mais pas plus que sur vente-privee.com ou sur brandalley.com. Au Royaume-Uni, dans un village du réseau de La Vallée, il existe même une boutique de déstockage purement TAG Heuer : « Mœurs commerciales classiques dans le monde anglo-saxon », estime-t-on à Marin. Quelle pudeur vis-à-vis des marchés français ou suisses… Business Montres : Si elle est économiquement logique et le plus souvent justifiée du point de vue des marques, la banalisation de ces ventes se relève dangereuse à court terme, surtout pour des achats horlogers qui ne relèvent pas de l’urgence absolue et de la satisfaction d’un besoin élémentaire. La vague low cost n’épargne pas l’univers du luxe. Les consommateurs plébiscitent même sa propagation : pourquoi achèteraient-ils en boutique, au prix catalogue, ce qu’ils espèrent raisonnablement trouver, quelques mois plus tard, dans un magasin d’usine, une vente en appartement ou chez un déstockeur en ligne ? • Question : comment font les grandes marques de luxe pour ne pas ruiner le rêve qui s’attache à leur marque ? Après un ultime passage par des « ventes au personnel » confidentielles (chez LVMH, on parle de « vente hôpital »), les stocks sont… brûlés ou détruits. C’est agaçant pour les amateurs potentiels, mais le respect de l’image de marque est à ce prix ! |
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