La lettre internationale des marchés horlogers
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26 mai 2009 - LES SIGNAUX FAIBLES DU MARDI : quelques clignotants à surveiller sur le tableau de bord de la crise



Un « signal faible »
est une information
qui serait anodine
si elle ne consonnait
avec une tendance
encore sourdement
à l’œuvre dans l'imaginaire
d'une communauté humaine :
c’est un fait qui reste
encore sociétalement insignifiant,
mais qui aura très vite
une grande signification
et une influence directe
dans et sur un avenir
plus ou moins proche...




••• SUSAN BOYLE :
Sortie de nulle part avec son physique exigeant et son épouvantable accent écossais,
elle a triomphé des quolibets lancés par les bien-pensants pour accéder à la finale de l’émission Britain’s Got Talent. Sur YouTube, 60 millions de personnes ont visionné son apparition à l’écran...
• Réflexion : nous vivons peut-être le « temps des outsiders et chacun a sa chance , même contre les idées reçues et le « bon goût » de l’établissement. C’est valable pour les hommes comme pour les marques : l’aventure reste possible, même quand les « élites » horlogères – auto-proclamées – décrètent que seules les grandes marques historiques peuvent tirer leur épingle du jeu de cette crise...


••• CONFUSION AU POIGNET :
La « montre de l’espace » n’est plus ce qu’elle était !
Sur les images du départ des astronautes de la mission spatiale ST-125, pas un seul n’a la même montre. On repère bien une Omega X-33, mais aussi une Casio [first watch worn on Hubble] et quelques autres. Au fait, personne n’a encore fait la « première montre de femme portée dans l’espace » ! [remerciements à Horlogenieuws (Pays-Bas)]
• Constat : les bonnes vieilles ficelles marketing ne fonctionnent plus vraiment. Les consommateurs savent désormais décoder en temps réel les messages des marques et en repérer aussitôt, presque par instinct, les faiblesses et les exagérations – ce qui va obliger tout le monde à réviser d'urgence la géométrie de sa communication...


••• JENSON BUTTON ET L’ÉQUIPE BRAWN GP :
Ils sont en train de sortir Ferrari, Renault, McLaren et les autres par la grande porte.
Plus besoin d’être grand, riche ou célèbre pour entreprendre, encore moins pour gagner : il suffit d’être malin, entreprenant et d’y croire. On peut repérer d’autres signaux faibles de ce type dans le succès de Millenium, un best-seller mondial sorti de nulle part ou dans l’explosion du iPhone [quelle était la crédibilité d’Apple dans la téléphonie ?] ou même dans le sacre de Susan Boyle [voir ci-dessus] : on peut aussi énumérer les contre-exemples qui valident ce propos, comme la faillite annoncée de General Motors, la disqualification du modèle commercial des grandes surfaces [les hard-discounters auront-ils la peau de Carrefour ?], la désertion des grands restaurants multi-étoilés [dont les fondateurs préfèrent ouvrir des bistrots], la défaite des surpuissants banquiers suisses incapables de défendre leur « secret bancaire » ou la déconfiture des grands médias traditionnels [TF 1, Le Monde, les groupes de presse américains, etc.].
• Moralité : les petits survivent quand les grands s’asphyxient à courir derrière des succès de plus en plus imprévisibles. A l’indice de performance, Jenson Button et Brawn GP – le triomphe des « artisans » – sont cent fois plus efficaces que Ferrari...


••• « LE KRACH DISCRET DE LA PUBLICITÉ » :
Les modèles économiques basés sur la publicité sont les premières victimes de la crise.
Les dépenses se contractent cette année de 12 % pour la presse écrite, soit la plus forte baisse depuis trente ans que les statistiques existent. Maurice Lévy (Publicis) expliquait récemment aux patrons de presse qu’il n’y aurait pas pour eux de « sortie de crise », puisque le « modèle économique des médias du XXe siècle est cassé » : « Qui peut sérieusement penser que, lorsque l'économie redémarrera, les lecteurs vont inverser une tendance qui remonte à des décennies et se remettre subitement à acheter des quotidiens et des magazines ? (...)
« Qui peut sérieusement penser que les audiences se “défragmenteront“ et reviendront en masse vers les chaînes traditionnelles ? Qui peut penser que les jeunes générations, les natifs du digital, vont subitement abandonner leurs ordinateurs, leurs téléphones portables et leurs iPod pour se remettre à regarder la télévision, écouter la radio et lire la presse ? »
On peut également lire, à ce sujet, « Le krach discret de la publicité » sur La tectonique des clics, le blog de Frédéric Fillioux sur E 24...
• Confirmation : cette obsolescence du « tout-à-l’égo » publicitaire n’étonnera pas les lecteurs de Business Montres, qui sont depuis longtemps sensibilisés à la mort programmée du « modèle publicitaire ». Le problème est que les marques d’horlogerie – et toute la pyramide de l’information horlogère – ont assis leurs stratégies sur ce modèle. En inventer un autre en pleine crise va mobiliser des ressources et des énergies qui auraient été plus utiles dans le relance de la passion des belles montres : faute d’avoir su anticiper, l’horlogerie peut manquer le train de la reprise, faute de relais d’opinion pour ses propositions...


••• HORLOGES DE LA RENAISSANCE :
Les deux mots sont importants : « horloges » autant que « Renaissance ».
Le marché pressenti et ouvert avec succès par Osvaldo Patrizzi (Business Montres d’hier) est une balise dans la réorganisation du paysage horloger. Ces horloges qui ponctuent la naissance de l’industrie horlogère sont à la fois des concentrés d’histoire et des réservoirs de nouvelles esthétiques : chacun peut discerner le fil conducteur qui existe entre ces « montres de table » vieilles de 450 ans et une Cabestan ou une MB&F. Le marché est aujourd’hui celui des « objets du temps » en général, qu’il s’agisse d’une Atmos relookée par Marc Newson, d’une montre-bracelet « conceptuelle », d’un régulateur d’atelier du XIXe ou d’une tour-sonnerie de table du XVIe siècle.
• Tendance : la double passion pour la mécanique et l’esthétique annonce des expressions stylistiques nouvelles et des propositions qui ne se cantonnent plus seulement à la montre, mais à tout ce qui peut témoigner du temps. Le retour des montres de poche (Piaget, Richard Mille, Chaumet) illustre cette tendance, tout comme l’explosion du marchés des « pendules » de designers ou les 2,6 millions d’euros rassemblées par Osvaldo Patrizzi pour ses 70 pièces de la Renaissance...


••• ÉNERGIES :
Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la production mondiale d’électricité a baissé de 3,5 %.
en 2008, la consommation française de carburant auto a baissé de 3 %. Le trafic maritime international est en chute libre et le transport aérien ne va pas très bien. Le monde se réorganise selon d’autres flux et d’autres priorités, avec de nouvelles polarités.
• A suivre : on ne voit pas comment le luxe pourrait échapper à ces vagues de fond. Pas plus qu’on ne peut imaginer les amateurs de montres se précipiter, demain, avec la frénésie sur les montres dont ils ne veulent plus aujourd’hui...


••• FRUGALITÉ :
C’est peut-être un des mots-clés de la métacrise sociétale que nous vivons.
On en retrouvait les prémisses dans les tendances du récent salon du design à Milan : retour à la simplicité, rapport plus intelligent entre le prix et l’objet, minimalisme créatif, maximalisme expressif, recherche d’un naturel qui ne soit pas banal et d’une pérennité qui ne soit pas affligeante de tristesse.
On a repéré cette nouvelle modestie dans les défilés de mode [le sublime et extravagant culte du papier affiché par Karl Lagerfeld], les premiers défilés virtuels ou les décors épurés retenus par les grandes maisons de couture, l’ascétisme chromatique [encore Lagerfeld et son noir au blanc, mais joue aussi dans d’autres contrastes], l’humilité légèrement ostentatoire des griffes qui étaient hier les plus arrogantes : une « nouvelle frontière » définit à présent les défis de lendemains sans excès.
• Vérification : regardez à quel point les marques de luxe se trouvent des prétextes charitables pour afficher leur nouvelle vertu et justifier de nouveaux prix plus raisonnables. Qui n’a pas son expert en charity business ? Ceci permet au passage d’écouler plus éthiquement quelques stocks tout en maintenant une pression non négligeable côté travail de l’image...





••• CI-DESSUS : un des plus intéressants tourbillons du marché (rotation en 30 secondes à 36 000 A/h, ce qui lui confère un atout décisif en matière de précision). Cadran dénué de toute marque ou griffe. Si vous ne l’avez pas reconnu et attribué à une manufacture, c’est que vous n’êtes pas dans la cible. Si vous voulez savoir son prix, c’est que cette montre n’est pas dans vos moyens.
• La sobriété la plus insolente de l’horlogerie contemporaine !


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Business Montres & Joaillerie, la lettre internationale des marchés horlogers.
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