La lettre internationale des marchés horlogers
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6 octobre 2006 - Quelle était la première montre portée dans l'espace ?
Une pièce décisive à verser au dossier toujours controversé de la première montre portée dans l’espace.

Pour ce qui est de la première montre officiellement portée sur la Lune, le doute n’est pas permis : c’est la Speedmaster d’Omega. Même si elle n’est pas la seule : divers témoignages d’astronautes attestent que des Rolex GMT et des Breitling ont fait le voyage.
Omega revendique aussi la « première montre portée dans l’espace », mention répétée dans différentes expositions et au musée Omega de Bienne. L’affirmation est historiquement fausse : Youri Gagarine, le premier cosmonaute russe et le premier humain dans l’espace (12 avril 1961, un tour en orbite terrestre), portait un chronographe Sturmanskije (selon certaines sources, peut-être une Rodina ou une Sekonda).
Ensuite, selon le credo horloger officiel, Scott Carpenter aurait été le premier Américain à tourner trois fois autour de la terre (24 mai 1962, mission Aurora 7) : il portait sa Breitling Navitimer Cosmonaut personnelle. La première Speedmaster n’ira dans l’espace que le 3 octobre 1962, au poignet de Wally Schirra (six orbites, Sigma 7) : il utilisait ce jour-là son chrono personnel, la NASA n’ayant pas encore officiellement certifié la montre d’Omega.
La vraie épreuve horlogère pour une monde sera la première sortie d’un humain dans l’espace : le 18 mars 1965 (mission Voskhod 2), Alexei Leonov portait sans doute dans le vide le même chronographe que Gagarine. La première Speedmaster à tenter la promenade spatiale sera la Speedmaster d’Ed White (3 juin 1965, mission Gemini 4).
Il faut à présent corriger l’histoire officielle. Le 20 février 1962, John Glenn a bouclé trois tours complets en orbite (mission Friendship 7) : il est donc le premier Américain à avoir vraiment tourné au-dessus de nos têtes (ce que n’avaient fait ni Alain Shepard, ni Gus Grissom, en mai et juin 1961). Question immédiate : quelle montre portait John Glenn ?
Le site Onthedash.com, spécialisé dans l’étude des chronographes Heuer, dissipe le mystère à l’issue d’une enquête serrée : John Glenn portait un chronographe de poche Heuer. Il a donc aussi été le premier à porter une montre suisse dans l’espace ! L’enquête menée par Jeff Stein, l’animateur du site, est basée à la fois sur les documents photographiques de la NASA et sur l’analyse des enregistrements du vol.
Pourquoi un chronographe de poche (disons plutôt un compteur de poche, stopwatch en anglais) ? Ce chronographe, référence 2915-A, resté en parfait état de marche, est conservé au Musée de l’air et de l’espace de San Diego (Californie), mais il a déjà été exposé au Smithsonian Institution National Air and Space Museum, qui l’a mis en dépôt à San Diego avec la combinaison de John Glenn.
Les photos prises avant le départ de la mission prouvent largement que John Glenn portait cette montre sur l’avant-bras droit de sa combinaison, où elle est maintenant à l’aide d’une bande de velcro cousu (les missions ultérieures retiendront cette solution pour les Speedmaster). La montre, de forte taille, était elle-même logée dans une sorte de « berceau » en toile, ouvert pour découvrir le cadran et cousu sur la bande de Velcro.
Quelle pouvait être l’utilité d’un tel chrono ? D’abord, une bone raison psychologique. Pour la plupart pilotes d’essai de l’US Air Force, les premiers astronautes n’étaient guère à l’aise avec le tout-électronique des premières capsules spatiales. En plus de réclamer une horloge de bord mécanique, ils avaient exigé de conserver leurs montres mécaniques personnelles pendant les vols [relire à ce sujet L’étoffe des héros].
Il semblerait que certaines de ces montres-bracelets – de marque non précisée – n’aient pas donné satisfaction lors des vols de Shepard et de Grissom, sans doute pour avoir encaissé trop de G au décollage. La NASA aurait alors choisi un gros compteur de sport Heuer, que sa solide construction mécanique rendait plus résistant à l’accélération qu’une montre-bracelet. Sur ce mouvement éprouvé, le départ, l’arrêt et la relance du chronographe se faisaient en outre par la grosse couronne molettée, très pratique à manipuler avec des gants (la remise à zéro se faisait par le monopoussoir latéral). La taille des aiguilles et celle des index rendaient également cet instrument de bord très lisible.
Ce chronographe mécanique – suffisant, compte tenu de la brièveté des missions spatiales – avait pour mission de doubler, par sécurité, les compteurs digitaux de la capsule. L’horloge de bord mécanique n’avait pas de chronographe : il falait donc un compteur annexe pour gérer précisément les phases sensibles du vol ! Les enregistrements du vol prouvent que Glenn s’est servi de son chronographe Heuer dès le début de la mission : « Backup clock is started », déclarait vingt secondes après la mise à feu en parlant du chronographe qu’il portait à son bras. Il s’agissait donc d’un système supplémentaire de sécurité, basé sur une mécanique suisse promue synonyme de fiabilité en cas de panne électronique…
Le point sur la question et les détails :
Business Montres & Joaillerie, la lettre internationale des marchés horlogers.
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