La lettre internationale des marchés horlogers
 Accueil  Brèves  Présentation  Grégory Pons  Anciens numéros  S'abonner
30 décembre 2006 - GRAND PRIX D'HORLOGERIE DE GENEVE : MODE D'EMPLOI
Coulisses du Grand Prix d’Horlogerie de Genève : comment maximiser ses chances de décrocher un prix ?

Le Grand Prix d’Horlogerie de Genève s’est définitivement imposé comme la récompense internationale la plus convoitée de l’univers horloger – peut-être parce qu’elle a su devenir la plus incontestable et sans doute la plus complète des compétitions de notre industrie.
Sans trahir le secret des délibérations du jury international rassemblé pour l’occasion, on peut néanmoins remarquer que, pour décrocher un des onze prix mis en jeu, il y a un mode d’emploi à respecter et un minimum d’intelligence stratégique à déployer.

Quelles sont les sept erreurs à ne pas commettre ?

• Oublier de s’inscrire : c’est la condition sine qua non pour concourir. Il m’est arrivé de rencontrer des patrons de marque qui grognaient : « Ce sont toujours les mêmes qui sont récompensés » ! Je ne le crois pas, mais, si c’était vrai, ce serait aussi parce que tout le monde ne se donne pas la peine de constituer un dossier ! Les ronchons dont je viens de parler s’étaient bien gardés de présenter leurs montres au jury… Même s’il est possible à un juré de voter pour un modèle qui n’aurait pas été officiellement sélectionné, il est évident que la plupart des membres du jury préfèrent choisir entre les montres de marques qui affichent un minimum d’intérêt pour le Grand Prix…

• Se tromper de catégorie : il m’apparaît inutile et contre-performant de présenter cinq ou six fois la même montre, même avec des variantes, dans cinq ou six catégories différentes. Les jurés ne sont pas stupides : comment prendraient-ils au sérieux un modèle qui relèverait à la fois du prix décerné aux montres Dame, du prix Design, du prix Joaillerie Dame et du prix Sport, si ce n’est du prix Montre compliquée ? Mieux vaut présenter, dans chacune des huit catégories proposées, la nouveauté la plus forte, au besoin en faisant l’impasse sur des catégories toujours très encombrées (montre Homme, montre Dame)…

• Prendre les jurés pour des crétins : proposer un modèle déjà engagé au cours des deux ou trois années précédentes, en se contentant de changer la couleur du cadran ou le sertissage de la lunette, n’est pas le meilleur moyen de se faire respecter des jurés. Aussi spectaculaire soit-elle, le nouveau rhabillage d’un vieux cheval de retour ne fera jamais illusion. Les jurés ont de la mémoire : ils connaissent leur métier et ils suivent l’actualité de très près…

• Négliger les « petites » catégories : les jurés se désolent sincèrement d’avoir trop peu de montres électroniques et trop peu de montres ultra-plates à récompenser. D’autant que certaines montres à quartz présentées cette année dans la catégorie Design ou dans la catégorie Sport auraient très bien pu défendre leurs chances dans le concours Montre électronique. Au vu de l’inflation des candidatures pour le prix de la Montre Homme, il y avait cette année douze fois plus de chances de décrocher un prix en Montre électronique, et neuf fois plus de chances de l’obtenir en Montre extra-plate ! Ce qui compte, c’est d’avoir le prix de l’année : peu importe la catégorie pourvu qu’on ait le trophée…

• Ruser avec la règle du jeu : le Grand Prix a ses usages, mais surtout son règlement. Lequel se bonifie d’année en année, mais les jurés sont tenus de le respecter. Faute de quoi, ils se feraient rapidement rappeler à l’ordre par les autres jurés. Les montres primées doivent avoir été commercialisées au cours des douze mois qui précèdent le Grand Prix. Ce qui élimine de fait les concept watches qui ne seraient que de purs effets d’annonce, mais pas forcément les séries ultra-limitées : sera prise en compte toute montre lancée dans les délais et livrée, ne serait-ce qu’à un seul exemplaire dans un seul pays. Les jurés forment un réseau international capable de s’informer aux meilleures sources pour vérifier si telle ou telle montre a effectivement été mise en vente sur tel ou tel marché…

• Faire des complexes : le Grand Prix d’Horlogerie de Genève n’est pas une récompense réservée aux montres genevoises, ni aux manufactures suisses en général, ni même aux seules marques européennes. Les jurés ne prennent pas en considération le poids économique de la marque ou l’ampleur de ses budgets publicitaires. Venus du monde entier, seulement passionnés de montres, les jurés ne prennent en compte que l’intérêt du modèle présenté dans la catégorie concernée. Les « petites » marques ont autant de chances que les géants qui dominent le marché. Les marques « grand public » ne sont pas défavorisées par rapport aux spécialistes des « niches ». Il n’y a pas de mystérieux « équilibrage » entre les groupes horlogers et les maisons indépendantes. Les « grandes gueules » du métier n’y ont aucune priorité sur les timides. Les intégristes de la complication mécanique n’y bénéficient d’aucun préjugé positif par rapport aux fanatiques de la montre fashion…

• Considérer que les jeux sont faits d’avance : les discussions entre jurés sont souvent très pointues, et toujours très pertinentes. Les opinions des uns et des autres peuvent influencer un débat collectif qui n’est dominé par personne, et qui ne tolèrerait d’ailleurs aucune suggestion venue de l’extérieur. L’alchimie du résultat final est aussi subtile qu’inattendue : tout est possible avec un jury aussi pluriel, qui marie harmonieusement détaillants, experts et journalistes. Sans négliger le buzz flatteur ou désastreux qui se colporte de marché en marché à propos de certains modèles, les jurés restent a priori soucieux d’affirmer des choix personnels, responsables et argumentés. Des choix dont je peux témoigner qu’ils ne sont motivés que par un dévouement exigeant et généreux à la seule cause des belles montres…

Sachant tout ceci, à vous de jouer finement pour l’édition 2007 !

Dernier conseil d’ami

• Il n’est pas inutile de remercier les membres du jury. A ma connaissance, un seul des présidents primés en 2006 y a pensé (Jean-Christophe Babin, TAG Heuer). C’est même sûrement intelligent et stratégique pour l’année prochaine !

BUSINESS MONTRES & JOAILLERIE

Que n’avais-je pas entendu sur ce Grand Prix d’Horlogerie ! Calomnies terribles et préjugés navrants…
Il suffit d’analyser pendant quelques secondes la liste des lauréats de ces dernières années pour juger indignes toutes les fables qu’on peut colporter sur l’honnêteté de ce Grand Prix et de ceux qui le promeuvent.
S’il est vrai que François-Paul Journe a souvent été à l’honneur, c’est peut-être parce qu’il a souvent été le meilleur.
S’il est évident que TAG Heuer tire mieux son épingle du jeu que d’autres marques réputées plus « puissantes », c’est peut-être aussi parce que la marque a vécu depuis quelques années une renaissance spectaculaire.
Juré depuis cette année, et seul journaliste francophone, je peux témoigner de l’intégrité des délibérations et du résultat final. Familier des questions de communication, je peux aussi affirmer que ce Grand Prix a un potentiel qui dépasse infiniment son actuel rayonnement médiatique.

Devenu très stratégique, le Grand Prix de Genève mérite d’être délocalisé, du moins multi-régionalisé. Il serait utile de le décliner en Europe, certainement (Paris, Londres, Madrid, Milan, Berlin, etc.), mais plus sûrement encore hors d’Europe (Moscou, Dubai, Bombay, Shanghai, Tokyo, Miami, etc.). Je crois d’ailleurs que ses animateurs s’en préoccupent activement.
L’excellence de la référence genevoise lui garantirait une audience maximale, tout en offrant aux marques récompensées des retombées appréciables.

Je peux cependant avouer un double regret à l’issue de ce Grand Prix 2006.
D’abord, la sous-représentation de l’horlogerie féminine dans le palmarès final : deux modèles primés sur onze ne reflètent pas exactement la dynamique du marché international, ni les efforts de créativité des marques.
Ensuite, il serait temps de professionnaliser la mise en scène de ce Grand Prix, qui reste très « patronage » dans sa présentation (et je suis gentil par rapport à l’ensemble des commentaires que j’ai pu recueillir !). Alors que toutes les marques consacrent des budgets croissants à la scénarisation spectaculaire de leurs événements, il serait anormal et même incongru que l’« événement des événements » horlogers ne soit pas lui aussi au meilleur niveau…

Photos, vidéo et résultats détaillés :

fhs.ch
WordTempus
Business Montres & Joaillerie, la lettre internationale des marchés horlogers.
Quai du Seujet, 16 - CH-1201 Genève (Suisse). Tél : +41 79 800 23 08.
Direction de la publication et responsable de la rédaction :