La lettre internationale des marchés horlogers
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3 juillet 2009 - ACTUALITÉ : La manufacture Péquignet sera-t-elle nationalisée ?
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L’Etat français
revient à ses amours horlogères
et pourrait s’offrir
une (petite) gourmandise comtoise.
Pour le gouvernement,
il est question d'acheter
pour trois millions
une tranche de la nouvelle
spécialité mortuacienne :
le « mouvement manufacture »
en cours de développement
chez Péquignet.






••• PÉQUIGNET
Une nationalisation de fait de la marque se dessine après le passage à la manufacture de Morteau du secrétaire d’Etat français à la Coopération et à la Francophonie
[apparemment, Paris prend le Doubs pour un département d’outre-mer !] : Alain Joyandet a clairement laissé entendre, à la télévision régionale, que l’Etat français pourrait faire son entrée dans le capital de Péquignet (vidéo : le ministre parle d'« un investissement dans le haut du bilan, dans le capital »).

Investissement à hauteur de trois millions d’euros sur les 3,8 autres millions engagés par Péquignet pour l’industrialisation d'un mouvement dont la marque envisage de fabriquer 3 000 exemplaires (ci-dessus, ce calibre maison référence 1111 : une très intéressante création horlogère, avec 72 heures de réserve de marche et 300 degrés d’amplitude pour un indice de performance chronométrique élevé).

Ces fonds seraient apportés à Péquignet par le biais du FSI (Fonds stratégique d’investissement), qui est le nouveau bras armé de l’Etat (via la Caisse des dépôts) pour gérer ses participations industrielles. C'est aujourd'hui l'équivalent de ce que serait un fonds souverain de la République française.

On ne peut que se féliciter de voir les autorités françaises voler au secours de leur industrie horlogère, au nom de la défense de l’emploi et de la ré-industrialisation locale. Même si on peut s'interroger sur la légitimité de cette intervention directe de l'Etat dans la micro-économie et sur la légalité communautaire de cette démarche.

Il faudra d’ailleurs que les fonctionnaires de la République jettent aussi un œil sur les autres « manufactures » françaises qui ont déjà mis au point des mouvements de montres, comme BRM (Ile-de-France) et Fabrication de montres normandes (Normandie). Maisons qui n’ont pas eu besoin à ce jour des fonds publics pour créer des emplois et prospérer sur la scène internationale, mais qui souffrent aussi de la crise.



••• CE DOSSIER DE « STRATÉGIE INDUSTRIELLE » évoquera irrésistiblement, pour ceux qui ont de la mémoire, l’ancien dossier Matra Horlogerie – un somptueux montage technocratique qui a non moins somptueusement tourné au naufrage du Meccano ainsi assemblé...

• Côté suisse, on s’étonne des chiffres avancés : 6,8 millions d’euros (10,3 millions de francs suisses) pour industrialiser un mouvement, c’est beaucoup et c’est doublement bizarre. Non seulement à cause du montant, assez supérieur aux enveloppes budgétaires pratiquées en Suisse, pays pourtant cher, pour un développement de mouvement automatique. Mais c'est aussi curieux compte tenu des perspectives industrielles de cette ambition mortuacienne et du raisonnement marketing qui sous-tend cet investissement.

• Dans l'avenir, quelle marque suisse voudra loger dans ses montres un mouvement
manufacture 100 % Made in France, quel que soit son prix, et renoncer ainsi aux avantages du Swiss Made ? Sachant que, de toute façon, les marques françaises elles-mêmes préfèrent s’offrir des mouvements Swiss Made, label plus réputé hors d’Europe que le Made in France...

• Quels seront donc les clients de la manufacture Péquignet et les marques tierces qui achèteront ce mouvement ? Même dans le bassin de Morteau, ni Péquignet, ni les entreprises de moyenne gamme n'ont les volumes industriels capables d'abaisser les coûts d'une production en série...

• L'objectif fixé par Péquignet  – 3 000 calibres fabriqués dans un premier temps – interdit toute économie d'échelle en termes de volume, ce qui renchérira le prix de chaque mouvement. Au moment où une huitaine de fournisseurs suisses indépendants arrivent sur le marché avec une offre de mouvements déjà industrialisés comparables, on se demande par quels sortilèges marketing le calibre Péquignet – en dépit de ses performances, mais du fait de son origine
Made in France – pourrait trouver son marché et ses clients...

• Il est vrai que les caisses de l'Etat et du FSI semblent inépuisables : 3 000 mouvements pour 6,8 millions, soit 2 266 euros le mouvement (3 400 francs suisses) ! C'est du vrai grand luxe ! Péquignet va entrer dans la grande légende de l'horlogerie...





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